Face aux IMOCA à foils, Nicolas d'Estais sait qu'il ne dispose pas du bateau le plus rapide. Mais l'ancien Macif possède un palmarès rare et une fiabilité éprouvée. À la veille de la Route du Rhum, le skipper de Café Joyeux veut mesurer ses progrès en solitaire. Son objectif à plus long terme reste le Vendée Globe 2028.
Il y a encore quelques années, Nicolas d'Estais travaillait dans le conseil en stratégie d'entreprise. Ingénieur de formation, titulaire d'un master en mécanique obtenu en Angleterre, il avait suivi une trajectoire professionnelle assez éloignée des pontons de course au large.
La voile occupait pourtant une place ancienne dans sa vie. Dès l'âge de six ans, il rêvait de participer au Vendée Globe. Il a fini par quitter son métier pour tenter de construire une carrière de navigateur, avec une progression par étapes.
D'abord la Mini Transat, qu'il dispute en 2015 puis en 2019, terminant deuxième de cette dernière édition. Ensuite la Class40, catégorie dans laquelle il participe notamment à la Route du Rhum 2022 et à plusieurs transatlantiques.
Le passage en IMOCA intervient en 2025. Cette fois, il ne s'agit plus seulement de poursuivre une carrière sportive, mais de préparer le Vendée Globe 2028.
Pour autant, Nicolas d'Estais ne considère pas son expérience sur les bateaux plus petits comme une garantie. Un IMOCA impose d'autres contraintes : des voiles plus lourdes, des efforts considérables dans les manœuvres et une complexité technique qui laisse peu de place à l'improvisation.
Café Joyeux, un projet sportif au service de l'inclusion
L'aventure de Nicolas d'Estais possède une autre particularité : son IMOCA ne porte pas les couleurs d'un sponsor principal classique.
... bateau navigue sous celles de Café Joyeux, une entreprise de cafés-restaurants qui emploie et forme des personnes en situation de handicap mental ou cognitif.
Le navigateur a découvert cette initiative alors qu'il travaillait encore à Paris. En préparant sa reconversion, il a proposé de poursuivre l'histoire de Café Joyeux dans la course au large, après un premier projet nautique portant déjà ces couleurs.
Le fonctionnement économique est inhabituel. Café Joyeux ne finance pas directement la campagne sportive. Nicolas d'Estais doit réunir les partenaires privés qui permettent au bateau de naviguer.
Parmi eux figurent notamment Ibis, Nestlé, Castorama et plusieurs autres entreprises. Leur soutien doit accompagner le projet jusqu'au Vendée Globe 2028. L'objectif affiché est de faire connaître les cafés-restaurants et leur mission d'insertion professionnelle. La visibilité sportive n'est donc pas une fin en soi : elle doit servir à attirer l'attention sur cette activité.
Le skipper est particulièrement attaché à ce volet humain. Parrain du Café Joyeux de Marseille, il y a notamment fait escale avec son IMOCA durant l'été 2026. À terre, le projet repose sur une équipe d'environ huit personnes. En mer, Nicolas d'Estais navigue seul. Mais cette solitude est rendue possible par le travail collectif réalisé avant chaque départ.
Le bateau choisi pour cette campagne possède une histoire peu commune.
Dessiné par le tandem VPLP Design et Guillaume Verdier, construit par CDK Technologies avec Green Marine et mis à l'eau le 16 août 2011, cet IMOCA de 18,28 mètres a d'abord porté les couleurs de Macif.
C'est avec lui que François Gabart remporte le Vendée Globe 2012-2013, avant de gagner la Route du Rhum 2014. Rebaptisé SMA, il poursuit sa carrière avec Paul Meilhat, qui remporte à son tour la Route du Rhum en 2018. Le bateau passe ensuite entre les mains de Clarisse Crémer, douzième du Vendée Globe 2020-2021, puis de Benjamin Ferré, qui dispute l'édition 2024-2025.
Au total, ce monocoque a pris part à cinq Vendée Globe. Nicolas d'Estais espère lui faire disputer son sixième tour du monde en 2028. Sur le plan architectural, il appartient à une génération antérieure à l'arrivée des foils en IMOCA. Il conserve des dérives droites, qui limitent la dérive latérale sans produire la portance des grands appendices équipant les bateaux récents.
Ce choix technique conditionne ses performances. Dans les petits airs, le bateau peut tirer parti de son poids relativement contenu et d'une traînée d'appendices réduite. Mais lorsque le vent monte, les IMOCA à foils disposent généralement d'un avantage sensible en vitesse.
Depuis la reprise du bateau à l'été 2025, l'équipe Café Joyeux a entrepris plusieurs modifications pour l'adapter à son nouveau skipper.
La plus visible concerne le cockpit. À l'origine, le bateau possédait une casquette coulissante permettant d'ouvrir ou de fermer l'espace de travail selon les conditions.
Cette solution présentait toutefois un défaut : des infiltrations d'eau persistaient lorsque la mer devenait difficile. La casquette restant fermée la plupart du temps, l'équipe a décidé de la condamner en position fermée durant le chantier de l'hiver 2025-2026.
Cette intervention a entraîné une réorganisation du poste de conduite. La barre a été reculée, l'espace disponible au-dessus du barreur a été légèrement augmenté et les afficheurs ainsi que les écrans de navigation ont été repositionnés.
Le cockpit accueille désormais un écran informatique supplémentaire. La fermeture de la casquette a aussi permis d'installer davantage de panneaux solaires sur le roof, leur surface ayant été multipliée par quatre selon le skipper.
Ces changements répondent à des préoccupations très concrètes : rester mieux protégé des paquets de mer, limiter l'humidité dans le cockpit, faciliter la consultation des données de navigation et améliorer l'autonomie énergétique.
L'ergonomie reste néanmoins un chantier ouvert. Nicolas d'Estais cherche encore les positions les moins éprouvantes pour travailler à la table à cartes et dormir. Sur un tour du monde de plusieurs semaines, ces détails peuvent peser lourd dans la gestion de la fatigue.
L'équipe prévoit de poursuivre ces adaptations après la Route du Rhum, puis de les éprouver pendant la saison 2027.
Le programme sportif suit une progression volontaire.
En 2025, Nicolas d'Estais découvre son IMOCA en double avec le Suisse Simon Koster, notamment lors de la Transat Café L'Or. Cette première saison lui permet d'apprendre le fonctionnement du bateau et de commencer à identifier ses limites.
En 2026, il passe au solitaire. Il termine sixième de la 1000 Race, puis sixième de la Vendée Arctique, avant de poursuivre sa préparation avec le Défi Azimut et plusieurs navigations d'entraînement.
La Route du Rhum représente l'échéance principale de cette deuxième saison.Pour lui, l'objectif est d'abord de boucler cette première grande transatlantique en solitaire sur IMOCA, tout en confrontant son bateau à ceux de sa génération. L'expérience acquise doit ensuite alimenter les deux années de préparation restantes avant le Vendée Globe.
Le navigateur a découvert cette initiative alors qu'il travaillait encore à Paris. En préparant sa reconversion, il a proposé de poursuivre l'histoire de Café Joyeux dans la course au large, après un premier projet nautique portant déjà ces couleurs.
Le fonctionnement économique est inhabituel. Café Joyeux ne finance pas directement la campagne sportive. Nicolas d'Estais doit réunir les partenaires privés qui permettent au bateau de naviguer.
Parmi eux figurent notamment Ibis, Nestlé, Castorama et plusieurs autres entreprises. Leur soutien doit accompagner le projet jusqu'au Vendée Globe 2028. L'objectif affiché est de faire connaître les cafés-restaurants et leur mission d'insertion professionnelle. La visibilité sportive n'est donc pas une fin en soi : elle doit servir à attirer l'attention sur cette activité.
Le skipper est particulièrement attaché à ce volet humain. Parrain du Café Joyeux de Marseille, il y a notamment fait escale avec son IMOCA durant l'été 2026. À terre, le projet repose sur une équipe d'environ huit personnes. En mer, Nicolas d'Estais navigue seul. Mais cette solitude est rendue possible par le travail collectif réalisé avant chaque départ.
Un IMOCA vainqueur du Vendée Globe, toujours à dérives
Le bateau choisi pour cette campagne possède une histoire peu commune.
Dessiné par le tandem VPLP Design et Guillaume Verdier, construit par CDK Technologies avec Green Marine et mis à l'eau le 16 août 2011, cet IMOCA de 18,28 mètres a d'abord porté les couleurs de Macif.
C'est avec lui que François Gabart remporte le Vendée Globe 2012-2013, avant de gagner la Route du Rhum 2014. Rebaptisé SMA, il poursuit sa carrière avec Paul Meilhat, qui remporte à son tour la Route du Rhum en 2018. Le bateau passe ensuite entre les mains de Clarisse Crémer, douzième du Vendée Globe 2020-2021, puis de Benjamin Ferré, qui dispute l'édition 2024-2025.
Au total, ce monocoque a pris part à cinq Vendée Globe. Nicolas d'Estais espère lui faire disputer son sixième tour du monde en 2028. Sur le plan architectural, il appartient à une génération antérieure à l'arrivée des foils en IMOCA. Il conserve des dérives droites, qui limitent la dérive latérale sans produire la portance des grands appendices équipant les bateaux récents.
Ce choix technique conditionne ses performances. Dans les petits airs, le bateau peut tirer parti de son poids relativement contenu et d'une traînée d'appendices réduite. Mais lorsque le vent monte, les IMOCA à foils disposent généralement d'un avantage sensible en vitesse.
Un cockpit fermé et une ergonomie revue pour le solitaire
Depuis la reprise du bateau à l'été 2025, l'équipe Café Joyeux a entrepris plusieurs modifications pour l'adapter à son nouveau skipper.
La plus visible concerne le cockpit. À l'origine, le bateau possédait une casquette coulissante permettant d'ouvrir ou de fermer l'espace de travail selon les conditions.
Cette solution présentait toutefois un défaut : des infiltrations d'eau persistaient lorsque la mer devenait difficile. La casquette restant fermée la plupart du temps, l'équipe a décidé de la condamner en position fermée durant le chantier de l'hiver 2025-2026.
Cette intervention a entraîné une réorganisation du poste de conduite. La barre a été reculée, l'espace disponible au-dessus du barreur a été légèrement augmenté et les afficheurs ainsi que les écrans de navigation ont été repositionnés.
Le cockpit accueille désormais un écran informatique supplémentaire. La fermeture de la casquette a aussi permis d'installer davantage de panneaux solaires sur le roof, leur surface ayant été multipliée par quatre selon le skipper.
Ces changements répondent à des préoccupations très concrètes : rester mieux protégé des paquets de mer, limiter l'humidité dans le cockpit, faciliter la consultation des données de navigation et améliorer l'autonomie énergétique.
L'ergonomie reste néanmoins un chantier ouvert. Nicolas d'Estais cherche encore les positions les moins éprouvantes pour travailler à la table à cartes et dormir. Sur un tour du monde de plusieurs semaines, ces détails peuvent peser lourd dans la gestion de la fatigue.
En 2025, Nicolas d'Estais découvre son IMOCA en double avec le Suisse Simon Koster, notamment lors de la Transat Café L'Or. Cette première saison lui permet d'apprendre le fonctionnement du bateau et de commencer à identifier ses limites.
En 2026, il passe au solitaire. Il termine sixième de la 1000 Race, puis sixième de la Vendée Arctique, avant de poursuivre sa préparation avec le Défi Azimut et plusieurs navigations d'entraînement.
La Route du Rhum représente l'échéance principale de cette deuxième saison.Pour lui, l'objectif est d'abord de boucler cette première grande transatlantique en solitaire sur IMOCA, tout en confrontant son bateau à ceux de sa génération. L'expérience acquise doit ensuite alimenter les deux années de préparation restantes avant le Vendée Globe.
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