... La tendance est loin d'être linéaire. Le taux d'abandon augmente entre 2010 et 2018, puis recule nettement en 2022, malgré une flotte plus nombreuse.
Difficile, dans ces conditions, de soutenir que chaque nouvelle génération de bateaux abandonne davantage que la précédente.
Attention toutefois à ne pas confondre deux indicateurs. Le taux d'abandon ne mesure pas le nombre d'avaries.
Un navigateur peut déchirer une voile, perdre son pilote automatique ou rencontrer un problème de barre, puis réparer et poursuivre sa traversée. Ces incidents disparaissent des statistiques dès lors que le bateau rejoint la Guadeloupe.
À l'inverse, un abandon peut résulter d'une collision, d'un échouement ou d'un accident extérieur au fonctionnement normal du bateau. Il ne prouve pas nécessairement une faiblesse de conception.
Pour comparer la fiabilité des voiliers, il faudrait recenser toutes les avaries, y compris celles réparées en mer, puis les classer selon leur nature : gréement, structure, appendices, électronique ou équipements de pont.
Les résultats sportifs ne fournissent pas cet inventaire.
C'est souvent dans les premières 72 heures que se construit la réputation d'une édition. Les bateaux sortent de Manche, affrontent leurs premières dépressions et les annonces d'avaries se succèdent parfois à un rythme impressionnant.
En 2010, les premiers jours sont marqués par plusieurs abandons, notamment ceux de Bertrand Quentin et de Christine Monlouis. Le 3 novembre, Sidney Gavignet perd son trimaran Oman Air Majan après une rupture structurelle suivie d'un démâtage. L'accident intervient un peu après le cap des 72 heures.
En 2014, le début de course est particulièrement difficile. Un décompte rétrospectif présenté par la direction de course en 2018 mentionne 12 abandons et 32 incidents matériels au bout de 72 heures.
Pour 2018, ce même bilan de la direction de course fait état de 5 abandons officiellement enregistrés et de 28 incidents matériels après trois jours, sur 123 partants. Pourtant, de nombreux concurrents ont déjà rejoint un port pour réparer ou attendre une meilleure fenêtre météo. Une soixantaine de bateaux sont alors en escale, sans être nécessairement hors course.
En 2022, 4 abandons sont signalés dès les premières 24 heures. Un autre bilan en recense 8 après deux jours.
Au 3 novembre 2026, 3e jour de course, la Route du Rhum compte déjà au moins 4 abandons sur 115 partants, soit 3,5 % de la flotte, un bilan encore provisoire qui ne tient pas compte des skippers contraints à une escale technique mais toujours en course.
L'édition 2014 rappelle combien les conditions rencontrées peuvent peser sur le bilan.
Sur les 91 concurrents au départ, la flotte doit composer avec une météo difficile dès sa sortie de Manche. Parmi les retraits figure celui de Thomas Coville, dont le trimaran entre en collision avec un cargo. Un accident sérieux, mais qui ne saurait être présenté comme la preuve d'une fragilité intrinsèque des multicoques.
Au total, 26 abandons sont rapportés pour cette édition. Le chiffre est élevé, sans permettre de déterminer à lui seul la part des défaillances techniques, des collisions et des décisions prises face aux conditions de mer.
L'histoire de Vincent Lantin apporte un contre-exemple intéressant. Malgré des problèmes informatiques et de pilote automatique, le skipper de Class40 réussit à terminer après plusieurs escales. Son bateau a connu des avaries, mais son nom ne figure pas parmi les abandons.
L'édition 2018 affiche le bilan le plus lourd des quatre courses étudiées : 42 abandons pour 123 partants, auxquels s'ajoutent deux arrivées hors délai. Les difficultés touchent toutes les catégories. Deux des 6 Ultim abandonnent, tout comme 5 des 20 IMOCA et 18 des 53 Class40.
Les bateaux plus anciens ne sont pas épargnés. Dans les catégories Rhum, 7 monocoques sur 17 et 9 multicoques sur 21 renoncent.
Ce constat mérite d'être souligné. Les abandons ne concernent pas uniquement les machines récentes équipées de foils ou les projets engagés dans une course à la performance. Il serait tout aussi imprudent d'en conclure que les bateaux anciens sont moins fiables. Leur état, leur préparation, leurs moyens techniques et les conditions qu'ils rencontrent diffèrent considérablement.
Avec 138 concurrents, la Route du Rhum 2022 rassemble la flotte la plus importante des quatre éditions comparées. Pourtant, la proportion d'abandons recensés redescend à 21,7 %.
L'organisation a toutefois pris une décision qui compte dans l'analyse : le départ, prévu le 6 novembre, est reporté au 9 novembre en raison des prévisions météorologiques. Ce décalage ne permet pas de chiffrer les avaries éventuellement évitées. Il rappelle simplement que deux éditions ne peuvent être comparées comme si les skippers avaient affronté les mêmes conditions.
La course n'est pas exempte d'accidents. Antoine Magret abandonne après l'échouement de son Class40 près de l'île de Batz. Kojiro Shiraishi doit également renoncer après une collision impliquant son IMOCA.
Malgré ces incidents, 103 navigateurs sont classés à l'arrivée. Le taux de non-classement est inférieur de plus de 10 points à celui de 2018.
C'est une amélioration du bilan sportif. Pas nécessairement une amélioration de même ampleur de la fiabilité des bateaux.
Entre 2010 et 2022, les chiffres ne montrent aucune augmentation régulière des abandons. L'édition 2018 a été particulièrement difficile, tandis que celle de 2022 affiche un bilan proportionnellement meilleur, malgré un nombre record de partants.
L'examen des premiers jours nuance encore cette lecture. Certaines éditions accumulent très tôt les incidents, sans que tous se traduisent immédiatement par des abandons. D'autres voient leur bilan s'alourdir plus tard dans la traversée. La nostalgie a tendance à retenir les arrivées héroïques et à oublier les abandons. Les réseaux sociaux, eux, donnent une visibilité immédiate à chaque incident, souvent avant même que ses causes soient connues.
En attendant, une casse ne suffit ni à condamner une génération de voiliers, ni à distribuer des brevets de compétence maritime depuis la terre ferme.
Difficile, dans ces conditions, de soutenir que chaque nouvelle génération de bateaux abandonne davantage que la précédente.
Un abandon ne signifie pas forcément une casse
Attention toutefois à ne pas confondre deux indicateurs. Le taux d'abandon ne mesure pas le nombre d'avaries.
Un navigateur peut déchirer une voile, perdre son pilote automatique ou rencontrer un problème de barre, puis réparer et poursuivre sa traversée. Ces incidents disparaissent des statistiques dès lors que le bateau rejoint la Guadeloupe.
À l'inverse, un abandon peut résulter d'une collision, d'un échouement ou d'un accident extérieur au fonctionnement normal du bateau. Il ne prouve pas nécessairement une faiblesse de conception.
Pour comparer la fiabilité des voiliers, il faudrait recenser toutes les avaries, y compris celles réparées en mer, puis les classer selon leur nature : gréement, structure, appendices, électronique ou équipements de pont.
Les résultats sportifs ne fournissent pas cet inventaire.
Les trois premiers jours : une autre lecture des statistiques
C'est souvent dans les premières 72 heures que se construit la réputation d'une édition. Les bateaux sortent de Manche, affrontent leurs premières dépressions et les annonces d'avaries se succèdent parfois à un rythme impressionnant.
En 2010, les premiers jours sont marqués par plusieurs abandons, notamment ceux de Bertrand Quentin et de Christine Monlouis. Le 3 novembre, Sidney Gavignet perd son trimaran Oman Air Majan après une rupture structurelle suivie d'un démâtage. L'accident intervient un peu après le cap des 72 heures.
En 2014, le début de course est particulièrement difficile. Un décompte rétrospectif présenté par la direction de course en 2018 mentionne 12 abandons et 32 incidents matériels au bout de 72 heures.
Pour 2018, ce même bilan de la direction de course fait état de 5 abandons officiellement enregistrés et de 28 incidents matériels après trois jours, sur 123 partants. Pourtant, de nombreux concurrents ont déjà rejoint un port pour réparer ou attendre une meilleure fenêtre météo. Une soixantaine de bateaux sont alors en escale, sans être nécessairement hors course.
En 2022, 4 abandons sont signalés dès les premières 24 heures. Un autre bilan en recense 8 après deux jours.
Au 3 novembre 2026, 3e jour de course, la Route du Rhum compte déjà au moins 4 abandons sur 115 partants, soit 3,5 % de la flotte, un bilan encore provisoire qui ne tient pas compte des skippers contraints à une escale technique mais toujours en course.
En 2014, la météo frappe dès les premiers jours
L'édition 2014 rappelle combien les conditions rencontrées peuvent peser sur le bilan.
Sur les 91 concurrents au départ, la flotte doit composer avec une météo difficile dès sa sortie de Manche. Parmi les retraits figure celui de Thomas Coville, dont le trimaran entre en collision avec un cargo. Un accident sérieux, mais qui ne saurait être présenté comme la preuve d'une fragilité intrinsèque des multicoques.
Au total, 26 abandons sont rapportés pour cette édition. Le chiffre est élevé, sans permettre de déterminer à lui seul la part des défaillances techniques, des collisions et des décisions prises face aux conditions de mer.
L'histoire de Vincent Lantin apporte un contre-exemple intéressant. Malgré des problèmes informatiques et de pilote automatique, le skipper de Class40 réussit à terminer après plusieurs escales. Son bateau a connu des avaries, mais son nom ne figure pas parmi les abandons.
En 2018, plus d'un tiers des concurrents ne sont pas classés
L'édition 2018 affiche le bilan le plus lourd des quatre courses étudiées : 42 abandons pour 123 partants, auxquels s'ajoutent deux arrivées hors délai. Les difficultés touchent toutes les catégories. Deux des 6 Ultim abandonnent, tout comme 5 des 20 IMOCA et 18 des 53 Class40.
Les bateaux plus anciens ne sont pas épargnés. Dans les catégories Rhum, 7 monocoques sur 17 et 9 multicoques sur 21 renoncent.
Ce constat mérite d'être souligné. Les abandons ne concernent pas uniquement les machines récentes équipées de foils ou les projets engagés dans une course à la performance. Il serait tout aussi imprudent d'en conclure que les bateaux anciens sont moins fiables. Leur état, leur préparation, leurs moyens techniques et les conditions qu'ils rencontrent diffèrent considérablement.
En 2022, davantage de partants mais proportionnellement moins d'abandons
Avec 138 concurrents, la Route du Rhum 2022 rassemble la flotte la plus importante des quatre éditions comparées. Pourtant, la proportion d'abandons recensés redescend à 21,7 %.
L'organisation a toutefois pris une décision qui compte dans l'analyse : le départ, prévu le 6 novembre, est reporté au 9 novembre en raison des prévisions météorologiques. Ce décalage ne permet pas de chiffrer les avaries éventuellement évitées. Il rappelle simplement que deux éditions ne peuvent être comparées comme si les skippers avaient affronté les mêmes conditions.
La course n'est pas exempte d'accidents. Antoine Magret abandonne après l'échouement de son Class40 près de l'île de Batz. Kojiro Shiraishi doit également renoncer après une collision impliquant son IMOCA.
Malgré ces incidents, 103 navigateurs sont classés à l'arrivée. Le taux de non-classement est inférieur de plus de 10 points à celui de 2018.
C'est une amélioration du bilan sportif. Pas nécessairement une amélioration de même ampleur de la fiabilité des bateaux.
Alors, c'était vraiment mieux avant ?
Entre 2010 et 2022, les chiffres ne montrent aucune augmentation régulière des abandons. L'édition 2018 a été particulièrement difficile, tandis que celle de 2022 affiche un bilan proportionnellement meilleur, malgré un nombre record de partants.
L'examen des premiers jours nuance encore cette lecture. Certaines éditions accumulent très tôt les incidents, sans que tous se traduisent immédiatement par des abandons. D'autres voient leur bilan s'alourdir plus tard dans la traversée. La nostalgie a tendance à retenir les arrivées héroïques et à oublier les abandons. Les réseaux sociaux, eux, donnent une visibilité immédiate à chaque incident, souvent avant même que ses causes soient connues.
En attendant, une casse ne suffit ni à condamner une génération de voiliers, ni à distribuer des brevets de compétence maritime depuis la terre ferme.