Web série / Quel voilier choisir pour partir en grande croisière ?

Léopoldine et Ghislain cherchent le bateau "idéal" pour partir en grande croisière avec leurs quatre enfants. Motivés, mais largement inconscients, ils tentent de rédiger le cahier des charges du voilier qui répondra à leurs attentes. Un moment crucial pour la réussite du voyage, mais qui ne se résout pas en un tour de main. Ghislain nous raconte leur démarche intellectuelle avant de se mettre en quête du Graal.

Le bateau… Sujet évidemment central dans un projet de voyage en famille. Au début de notre projet, nous épluchons les annonces, croyant encore que nous allions, en un claquement de doigts, trouver le bateau, le payer et vogue la galère ! Cela amène à des discussions hautement irréelles comme "pas moins de seize mètres, sinon c’est beaucoup trop petit", "une coque bleue, c’est quand même beaucoup plus chic". Chaque jour nous nous projetons sur un bateau différent, chaque jour différent de la veille. Tout ça sans en visiter un seul… Inconscients, je vous dis. D’ailleurs, nous ne connaissons pas encore exactement le budget dont nous disposons pour cet achat.

De la méthode dans la recherche

Nous comprenons vite qu’il faut mettre un peu de méthode dans la démarche, sous peine de tourner comme le poisson dans son bocal et d’en rester toujours au même point. Et la première étape consiste à définir notre besoin.

Nous prenons alors une décision qui s’avèrera une des meilleures du projet : nous contactons Lionel, oncle de Léopoldine et expert maritime de son état. Il a une longue expérience dans la plaisance : marin expérimenté, ancien patron de chantier, loueur de voiliers à Hyères, il connaît d’une part le marché des bateaux de plaisance, et d’autre part tous les aspects techniques des bateaux récents et anciens. Il est de ceux qui savent lire le dessous des cartes dans un jeu où la chance du débutant n’existe pas. Pour résumer, c’est un vrai marin, et qui plus est un marin passionné. Nous lui demandons de nous accompagner dans la recherche et la préparation de notre embarcation. Il accepte gentiment, ne sachant peut-être pas, à ce moment-là, à quel point nous allons le mettre à contribution dans toute la préparation technique de notre projet.

Définition du besoin

Avec lui nous affinons notre besoin : nombre de cabines, équipement de base, puissance énergétique, date du gréement dormant et j’en passe. Il nous fait mettre le doigt sur les éléments importants : structure, gréement, plomberie, énergie, là où nous avions envie de parler de pont en teck, de barre franche ou barre ou roue et d’équipements. Ce premier petit recalage nous a déjà, en partie, remis sur le bon chemin.

Nous décidons vite de ne pas céder à la tentation de confronter ses conseils à d’autres experts. Non pas que nous ne trouverions pas d’autres avis pertinents, mais nous sommes échaudés par la multiplicité des options possibles.

Un expert derrière chaque marin passionné

Qu’ils soient experts en navigation hauturière, randonneurs avisés, pêcheurs de rivière ou touristes patentés, tous nos interlocuteurs se retrouvent pour nous prodiguer leurs conseils. Tirant d’eau court ou long ? L’expert autoproclamé nous dit péremptoirement : "Long tirant d’eau, pardi ! En Méditerranée, la météo est capricieuse, le marin y serre le vent. La quille longue donne au voilier de la stabilité dans la brise et de la puissance dans la mer. Trente centimètres d’écart… la taille d’un maquereau !" Un autre savant lui succède et contredit "Tirant d’eau court, bien sûr ! Tu pars pour une navigation de quatorze mille milles et Éole, si elle est d’humeur charitable, poussera ton embarcation d’un vent portant qui provoquera peu de dérive. Et si d’aventure elle est d’humeur chagrine et t’envoie des vents moins favorables, que vaudront les quelques milles de dérive perdus ? Peu après la tempête lorsque tu iras chercher un repos mérité au mouillage, les trente centimètres te rapprocheront avantageusement de la côte de plusieurs encablures et te feront bénéficier d’une meilleure protection". Tout le monde n’attribue pas la même importance à une trentaine de centimètres...

Assumer ses décisions

Ce qui vaut pour le tirant d’eau est réplicable à l’infini et s’applique à la multitude de choix que nous devons faire. Dessalinisateur ou bidons ? Moteur d’annexe lourd et puissant ou peu puissant, mais léger ? Partir pour la transat du Cap Vert ou des Canaries ? Grand-voile lattée ou à enrouleur ? Traceur GPS ou tablette portable ? Ancre plate ou charrue ? Olives ou anchois ? Slip ou caleçon ? Tout le monde a un avis sur tout et si le destin vient à mettre face à face deux passionnés aux visions opposées, les débats prennent des tournures de nuits blanches au comptoir du bistro de la plage. L’important n’est pas tant de prendre la bonne décision (souvent il n’y en a pas qu’une) que d’assumer celle qu’on prend. En multipliant les conseils, on ne gagne pas de temps, seulement des migraines.

Puis nous définissons le budget du bateau prêt à partir, c’est-à-dire le montant couvrant l’achat et les travaux de mise à niveau. Nous y reviendrons dans un sujet à suivre.

Bonne idée ou idée reçue ?

En parallèle, nous lisons beaucoup d’articles, sur des forums consacrés à la plaisance, des sites qui regroupent de vrais savants, de prétendus experts et de fieffés ignorants, dans un anonymat qui n’incite pas à une confiance aveugle. Nous lisons sur tous les sujets possibles. Et évidemment, nous sortons de nos lectures avec un tas de certitudes qui, en réalité, sont surtout les idées de gens dont nous ne savons rien.

Voici une anecdote qui m’est arrivée plus tard : Un jour que nous marchions avec Lionel sur le port de Sète après avoir visité un bateau, je lui dis une sottise comme "je ne veux pas de coque en alu". Il me regarde et me demande pourquoi. Je me suis tu, n’osant pas lui dire que ce n’était pas vraiment mon avis, que c’était l’opinion des contributeurs du forum que j’avais feuilleté la veille. Il me répond laconiquement "tu as des idées très arrêtées, parfois." Je me suis senti ridicule et j’ai compris, n’essayant même pas de lâcher les quelques arguments pertinents appris par cœur. Se méfier des idées préformatées et des affirmations péremptoires.

J’ai compris qu’un bateau d’occasion, ce n’est pas un jeu de Lego, où on choisit la couleur de la brique à chaque étape. C’est un tout déjà construit, avec lequel un architecte a déjà joué au Lego dans une savante alchimie. Et plusieurs alchimies sont possibles, toutes avec de grands avantages et de menus inconvénients. On prend les uns et les autres. Les bateaux se comparent de leur entièreté, pas détail par détail.

La définition de notre bateau "idéal"

Nous orientons nos recherches selon les critères suivants :

  • Longueur de 45 pieds minimum et au moins huit couchages. Nous serons six personnes sur le bateau, avec ponctuellement un ou deux visiteurs supplémentaires, ce qui porte l’équipage total à huit personnes pendant des durées assez longues. Il est aussi important que celui qui le souhaite puisse s’isoler un peu, d’où l'importance du nombre de cabines aussi. Léopoldine dit à juste titre qu’il faut pouvoir se faire la gueule. En revanche, nous ne souhaitons pas avoir un bateau trop grand pour que notre porte-monnaie puisse subvenir à ses besoins (places de port, entretien,...).
  • Gréement en sloop ou en cotre, avec une grand-voile lattée (pas sur enrouleur), un génois sur enrouleur. Le tout évidemment avec des voiles récentes. Ayant surtout navigué sur des bateaux de régate, je souhaitais éviter la grand-voile sur enrouleur pour des raisons de performance, mal conscient de ses avantages en termes de simplicité d’utilisation, notamment par un équipage inexpérimenté. Une trinquette serait vraiment un gros avantage, mais peu de bateaux en sont équipés. Un spi, symétrique ou asymétrique, est presque indispensable : nous allons beaucoup naviguer sous des allures portantes et le spi nous fera gagner beaucoup de vitesse.
    Beaucoup de familles ont parcouru les océans sur un ketch. Ce n’est pas une raison "rationnelle" qui nous a fait éviter ce type de gréement, mais un vague ressenti associant (évidemment à tort) ketch à une multiplication des difficultés, à une construction en tirage limité, à des difficultés d’entretien. A posteriori je crois simplement que nous n’étions pas prêts.
  • En termes d’équipements, rien de très original : plus il y en a, mieux c’est.
  • Énergie : Nous souhaitons bénéficier de sources d’énergie capables de nous fournir suffisamment de sécurité et de confort. On ne passe pas du moelleux d’une maison bourgeoise au rustique marin en un claquement de doigts. Des panneaux solaires généreux et une éolienne de bon rendement nous paraissent indispensables et seront montés sur un portique robuste. Un hydrogénérateur est un luxe probablement hors de notre portée ; un bateau doté d’un tel équipement serait donc une bénédiction. Nous souhaitons également un parc batteries d’une capacité de 400 Ah (ne sachant pas encore que nous déciderons plus tard de revoir à 600 Ah ce minimum).
  • Survie 10 personnes en règle. C’est une question de coût plus que de goût.
  • Et enfin un budget total inférieur à 90 k€. En réalité notre budget est légèrement supérieur, mais il y aura forcément des frais à rajouter.

Les petites annonces, une saine lecture !

À partir de là, Léopoldine et moi nous plongeons dans les petites annonces nautiques et sélectionnons des bateaux susceptibles de correspondre à nos besoins. Puis nous visitons les bateaux avec notre oncle-expert. Son regard lui permet de définir le montant approximatif des travaux à mettre en œuvre pour le rendre apte à la navigation hauturière. En déduisant le montant des travaux de notre budget global, nous obtenons le prix d’achat que nous sommes prêts à payer.

Parmi les modèles qui correspondent le mieux à nos critères, on trouve le Dufour 45 Classic, Dufour 455 Grand Large, Gib'Sea 472, Bavaria 44, Bavaria 49, Feeling 446, Oceanis 461 et 473, Sun Kiss 47, Sun Legende 44 et beaucoup d’autres.

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Fernand Boutet - 3 mois
Très intéressant et pratique
Fernand Boutet - 3 mois
Ne pas sous-estimer la puissance du moteur. Naviguer contre vents et marées aditionneées du courant inverse de certains fleuves....
Antoine de Moras - 2 mois
Je viens d’acheter un Hallberg Rassy 42 d’occasion de 1988, solidité et sérieux de la construction, renseignez-vous Amitiés Antoine
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Gib'Sea 472, la fiche technique

MarqueGibert Marine
ArchitecteJoubert & Nivelt
Longueur de coque14.20
Largeur4.30 m
Tirant d'eau2.00 m
Catégorie CEA
Déplacement lège11 500 kg
Surface de voilure au près109 m2
Nombre de moteurs maximum1
Carburant350 L
Voir la fiche technique du Gib'Sea 472
Reportage : Année sabbatique sur Tacum

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