Interview / Nicolas Troussel : "J'ai toujours rêvé de participer au Vendée Globe"

Nicolas Troussel

Nicolas Troussel vient d'intégrer le circuit IMOCA et attend la mise à l'eau de son foiler Corum, début 2020. En attendant, il profite de l'expérience de Jean Le Cam, avec lequel il courra la Transat Jacques Vabre 2019 et étudie de près ces foilers, qui attirent tous les regards.

Un Figariste émérite

À 45 ans, le Fouesnantais Nicolas Troussel est l’une des grandes figures de la course au large. Il a bâti sa réputation sur un coup de maître sur la Solitaire du Figaro 2006. Il remporte la course avec près de 2 h d’avance sur le second, un écart jamais-vu, dû à une trajectoire très différente de celle de ses concurrents. Un choix stratégique et tactique que l’on baptisera "la Troussel."

Il officie sur le circuit Figaro entre 2000 et 2010 et remporte de nombreuses victoires. "J’ai gagné 3 fois la Solitaire du Figaro, 1 fois la Transat AG2R et 1 fois le Trophée Marie-Galante."

Rêves d’IMOCA, courses en Class40

Mais ce qui fait rêver Nicolas, c’est le Vendée Globe, auquel il rêve de participer depuis toujours. À défaut de trouver des budgets — malgré une belle touche en 2008 — il se consacre à d’autres supports. "J’ai participé à plusieurs tours de France à la voile en tant que chef de projet jusqu’en 2016, avec 4 ou 5 podiums à la clé."

Il poursuit en parallèle avec quelques courses en Class40 — termine 2e de la Route du Rhum 2010 — et continue comme ça jusqu’en 2015/2016.

L’année 2017 sera celle du break. Le Vendée Globe toujours en tête. "J’ai fait le point sur ce que je voulais et je me suis impliqué à fond dans la recherche de partenaires pour trouver un budget pour faire le Vendée Globe".

La rencontre avec Corum

C’est ainsi que se nouent les premiers contacts avec Corum. "De là est né le projet Class40 en 2018 pour courir la Route du Rhum. C’était le début de l’histoire avec Corum. 1 mois ½ après mon abandon sur la Route du Rhum, fin 2019 nous partions sur un partenariat pour le Vendée Globe, avec la construction d’un nouveau bateau. Il y avait d’autres choix possibles comme l’achat d’un bateau d’occasion. Mais nous avons trouvé un architecte, un chantier et quelqu’un pour gérer la construction du bateau."

"C’est rapide, mais tout se passe bien. On n’est pas mécontent des choix pour le moment. Greg est très présent dans le projet, on travaille de concert pour la réussite de ce programme." "Greg" n’est autre que Greg Evrard, ancien dirigeant de North Sails pendant près de 15 ans, reconverti aujourd’hui en Directeur Technique pour Nicolas.

Le même moule de carène qu’Arkea-Paprec

C’est l’architecte Juan Kouyoumdjian — père de l’IMOCA Arkéa-Paprec de Sébastien Simon — qui a été choisi par l’équipe du projet Corum. "Le choix s’est fait presque naturellement. On avait entamé des discussions avec Juan 1 an ½ auparavant. Vu le délai un peu court, on a préféré travailler avec un architecte qui disposait déjà d’un moule pour la construction. À nos yeux, c’était une occasion intéressante techniquement. Dans notre laps de temps imparti, on a essayé de mettre tous les atouts de notre côté pour une fiabilité maximum."

Pour superviser la construction de son IMOCA, Nicolas s’est entouré de Michel Desjoyeaux. "La collaboration avec Michel en tant que maître d’œuvre est intéressante, car il a construit beaucoup de bateaux. Par conséquent, il a aussi fait quelques erreurs. Il sait ce qui peut coincer et ce qui est le mieux. Juan et Michel avaient également l’envie de travailler ensemble".

Un plan de pont différent

Si la carène est la même que celle du flambant neuf Arkea-Paprec, l’équipe a choisi de construire un pont avec des caractéristiques différentes.

"Le pont va être différent. Je ne sais pas si ça va être novateur, mais il y aura plus de volume pour satisfaire l’un des règlements de la jauge. En rehaussant le centre de gravité et en apportant plus de volume de coque, on obtient ainsi un bulbe plus léger et donc un bateau plus léger également."

Le futur Corum © Eloi Stichebaut / polaRYSE / Corum l'Epargne

Le bon choix de foils

Les foils seront assez similaires à ceux d’Arkea. "La forme de nos foils se rapproche des foils actuels tout en tenant compte des enseignements que l’on a pu tirer des foilers actuels. Même si l’on ne déborde pas d’images et de vidéos sur ces nouveaux foilers."

Pour trouver le bon compromis sur ces appendices, l’architecte travaille sur des simulations quotidiennes. "En changeant quelques paramètres, on obtient des foils différents tous les jours. Plus on a de temps, plus nos foils s’améliorent."

Et le choix des foils est crucial sur ces nouveaux bateaux volants. "Des foils qui vont vite à certains angles de vent et mer ou des foils tout terrain qui arrivent à être rapides tout le temps, mais offrent moins de pointes de vitesse ?" C’est là toute la question.

Alors que la majorité des nouveaux foilers sont à l’eau et en phase de fiabilisation par les teams — c’est sur écran que Nicolas et son équipe découvrent leur bateau à foils. Car dans ce petit monde secret de la course au large, ce n’est pas évident de créer de la synergie entre les teams. "Quand on mettra notre bateau à l’eau, les autres seront en chantier. C’est sûr que l’on est en retard. Ce sera alors à notre tour de mettre au point notre IMOCA et de le fiabiliser."

Une longue fiabilisation

Depuis, un an, six IMOCA foilers ont été mis à l’eau et la fiabilisation de ces bêtes de course demande du temps. "Il n’y a pas énormément de surprise. Ils vont très vite. Mais on voit aussi qu’ils demandent beaucoup de maintenance. Il faut encore travailler sur les développements qui permettent d’améliorer et de fiabiliser ces bateaux."

Si l’on prend le cas Charal — mis à l’eau un an avant les autres — il aura fallu une année pour qu’il joue la gagne. "En ce qui concerne les performances, on voit que Jérémie Beyou mène très correctement son bateau, mis à l’eau il y a un an. Ça nous alerte sur le temps qu’il va nous falloir pour fiabiliser le nôtre à la mise à l’eau. Il va falloir être efficace pour solutionner rapidement les problèmes techniques que l’on va rencontrer."

Si le Défi Azimut 2019 a permis de comparer ces nouveaux voiliers, il reste "encore de gros inconnus, notamment la navigation en solitaire. Pour l’instant, il est donc difficile de tirer des conclusions. "Certains bateaux naviguent moins que d’autres et il y a eu peu de courses."

Nicolas Troussel et Jean Le Cam © Eloi Stichebaut / polaRYSE / Corum l'Epargne

Continuer à naviguer

Alors que son bateau est en construction, Nicolas et son équipe ont eu l’opportunité de se rapprocher de Jean Le Cam pour la saison 2019, avec en point d’orgue, la Transat Jacques Vabre. À bord de l’IMOCA Finistère Mer et Vent mis aux couleurs de Corum pour la saison, " on navigue à 20 nœuds et l’année prochaine, on sera à 25 nœuds sur mon prochain bateau", rigole Nicolas.

"C’était intéressant d’avoir ce projet Jacques Vabre avec Jean Le Cam. Ça nous a permis de naviguer en IMOCA cette année et de continuer de faire vivre le projet Corum en 2019 pendant la construction du bateau. L’idée c’était de participer au circuit IMOCA pour prendre mes marques sur ce type de bateaux."

Pourtant, le bateau ne lui est pas inconnu puisqu’il a accompagné Armel le Cléac'h en 2007 puis en 2009. "Je ne suis pas dépaysé avec ces bateaux."

S’il navigue en IMOCA, c’est par le biais de photos et de vidéos que Nicolas s’imprègne du vol à foils. "Le bateau n’existe pas encore, mais dans notre inconscient, il est déjà là. Alors forcément, je me projette."

© Eloi Stichebaut / polaRYSE / Corum l'Epargne

Une équipe de "vieux" loups de mer

Michel Desjoyeaux comme maître d’œuvre, Jean Le Cam comme co-skipper… Nicolas a su s’entourer de grands marins pour l’accompagner dans son projet. "Ces choix étaient intéressants et gagnant-gagnant sur nos deux projets. On est bien entouré, ce qui nous permet d’acquérir de l’expérience en discutant avec eux. C’est aussi rassurant de les avoir à nos côtés pour ces deux projets."

Grâce à Jean Le Cam, Nicolas navigue et bénéficie de temps pour sa préparation au Vendée Globe et la construction de son nouveau bateau.

"Je suis le skipper, mais c’est son bateau et il le connait par cœur. C’est super agréable. Il sait très bien où ça peut coincer. On parle aussi des autres bateaux et c’est très intéressant. Techniquement, chacun a trouvé sa place à bord."

Lorsque le team Corum a fait le choix de naviguer à bord de l’IMOCA de Jean Le Cam pour la saison 2019, il ne s’est même pas posé la question du coskipper de Nicolas. C’était logique. Pourtant, les deux hommes ne se connaissent pas plus que ça. "C’est un technicien hors pair. Je ne sais pas qui lui arrive à la cheville en ce qui concerne la construction d’un bateau et la gestion du solitaire, notamment sur un Vendée Globe et celle du large. Il a tellement d’expérience et c’est super pour mon projet de tour du monde !"

Les deux navigateurs partagent la même vision des choses sur la régate, les trajectoires ou les réglages de voile, ce qui donne lieu à de nombreuses discussions. "On trouve notre équilibre, ça se passe super bien. C’est super de l’avoir à bord et je suis ravi de faire cette course avec lui."

Pas d’objectif de réussite, mais réaliser une belle course

"Mon objectif c’est de faire une belle course et de me préparer". Il est vrai que dans une flotte ou plus de la moitié des bateaux auront des foils, il risque d’être difficile de tirer son épingle du jeu avec un bateau de 2007.

"On espère du près sur le début de la course pour tirer notre épingle du jeu et jouer avec les bateaux à dérives et pourquoi pas mettre quelques foilers derrières. On n’a pas d’objectif de réussite, mais on veut faire le plus beau résultat. Ça me parait quand même compliqué d’être dans les 5 premiers. Mais on ne sait jamais. Notre duo est bon, on a fait pas mal de milles ensemble depuis le début de l’année, pas spécialement en régates, mais sur des convoyages. On peut parfois être moins rapides que les autres, mais si on tire les bons bords on peut jouer dans cette catégorie à dérive."

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