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Interview : Ian Lipinsky : "le but du jeu c’est d’essayer de performer"

Nous avons retrouvé Ian Lipinsky sur son Mini, samedi veille du départ de la course. Il nous explique pourquoi il se lance dans cette aventure et ce qu'il espère en retirer.

Ian Lipinsky la veille du départ
Le

Qu’est ce qui t’a amené sur le circuit Mini ?

Au tout début c’est un copain, Sébastien Picot, dit Pic, qui m’a amené faire la Mini Fastnet sur son bateau et c’est comme ça que j’ai découvert le mini. C’était une course de dingue, on est allé très très vite et j’ai découvert ces bateaux assez incroyables. J’avais déjà fait un peu de dériveur, mais pas en régate et je faisais pas mal de croisière. J’ai découvert la fusion des sensations du dériveur alliés à la course au large. Mais j’ai mis quelques années avant de m’y mettre. J’ai d’abord vécu sur un bateau pendant 6 ans et je suis parti voyager un an avec ma compagne. Pendant ce voyage on est allé aux Antilles assister à l’arrivé de Pic qui faisait l’AG2R. J’ai retrouvé plein d’anciens ministes passés en figaro. En discutant avec eux et en voyant ce qu’ils faisaient je me suis dit : pourquoi pas moi ?

En rentrant de ce voyage je me suis fixé pour objectif de lancer un projet Mini.

Ta première Mini s’est soldé par un dessalage, qu’est ce qui t’a motivé à continuer ?

En 2013, je me suis retourné le long du Portugal. J’ai eu la frustration de ne pas aller au bout et je n’avais qu’une envie encore plus forte d’y retourner et d’y arriver. La fois d’après c’était avec l’Ofcet. J’ai été contacté par le chantier qui voulait lancer cette série et j’ai acheté le bateau sur plan. J’ai pu participer à la conception sur des petits détails et sur le plan de pont mais surtout à la construction pendant 2 mois avec Prépa Nautique et Etienne l’architecte. J’étais là tous les jours pour construire mon bateau et faire des retours au chantier. Il y avait un vrai travail de recherche et de développement et d’amélioration car on découvrait le bateau. C’était une expérience vraiment chouette qui s’est clôturée par une victoire en 2015. C’était génial. Une belle revanche par rapport à 2013. Le projet dans sa globalité avec ce premier bateau n’était pas juste d’acheter un bateau, j’ai vraiment évolué au sein d’une équipe pendant 2 ans. C’était top.

Ian Lipinsky

Et avec ce nouveau bateau ? Quel est l’objectif ?

Je ne voulais pas sortir du circuit mini sans avoir découvert le prototype, plus technique, plus complet avec plus de choses à gérer. J’ai eu la chance grâce à Griffon.fr de pouvoir acheter le bateau qui était le meilleur et qui probablement l’est toujours. On peut avoir l’ambition de gagner cette course car bien sûr le but du jeu c’est d’essayer de performer.

Une fois que tu auras atteint ces objectifs : gagner en série et peut être bientôt en proto, quel sera l’objectif suivant ?

J’aimerai bien continuer dans la course au large. Ce qui est compliqué, c’est de réussir à en vivre et d’être à 100% sur ses projets. Je voudrai passer sur Figaro pour redevenir débutant et redécouvrir plein de choses.

Pourquoi avoir choisi ce Mini avec son étrave ronde ?

C’était celui-là ! Au vu des courses qu’il avait fait, même s’il n’avait pas pu terminer la transat, c’était le plus performant. C’est ce qu’on voulait avec Griffon.fr, le sponsor. Il se trouve que c’est un scow. Quand je suis passé de Pogo 2 à Ofcet c’était le jour et la nuit. L’Ofcet était déjà un bateau beaucoup plus volumineux. Il y avait énormément d’avantages.

Ian Lipinsky

Selon toi les étraves arrondis c’est l’avenir des bateaux de courses ?

Je pense que c’est souhaitable, malheureusement sur les classe 40 et en IMOCA, ils ont interdit de faire ça. Les IMOCA ont essayé de gonfler les étraves, mais là ils sont au max de ce qu’ils peuvent faire et je trouve ça dommage de pas ouvrir la jauge parce que ça ne coute pas très cher de faire un bateau à étrave ronde plutôt que pointu. Quelques mètres de carbone en plus et c’est tout. J’ai pu constater en mini que le bateau est plus sein, plus facile, il va plus vite, il mouille beaucoup moins voire pas du tout. Il n’y a jamais d’eau qui monte sur la plage avant. Le bateau est léger, on plane, on peut naviguer très cabrer et passer au-dessus des vagues et même s’il plante un peu, l’étrave ne peux pas s’enfoncer et l’eau est repoussée en avant de l’étrave et ne monte pas sur le pont. Jusqu’à 30 nœuds de vent ça se passe très bien.

En dehors de ça quelles sont les particularités de ton bateau ?

Sur le gréement j’ai des barres de flèches qui sont en boomerang, ça permet de mettre de la quête. L’étais revient au piano, donc je peux lâcher de l’étais et reprendre des bastaques. Le mât bascule en arrière sans avoir besoin de changer la tension des haubans. Donc on peut jouer sur la quête très facilement. L’inconvénient - mais qui n’en ai pas vraiment un - c’est qu’on ne peut pas se permettre d’oublier la bastaque sinon le mât tombe. Mais on s’y habitue très bien.

Ian Lipinsky

Ensuite la quille est pendulaire et télescopique. Ce n’est pas l’unique bateau à avoir ça, mais on n’est pas beaucoup. Ça permet de descendre la quille pour qu’elle soit toujours à 2m de tirant d’eau. On exploite la jauge au maximum et ça marche bien.

Ian Lipinsky

J’ai aussi 4 ballasts, deux pour le près de 120L et 2 pour le portant de 80L que je gère avec des pompes électriques.

J’ai aussi passé beaucoup de temps à simplifier le bateau. J’ai enlevé des barbers d’étais et de bastaques que je trouvais compliqués sans apporter grand-chose. J’ai supprimé le réglage de la sous-barbe, le bout-dehors ne peut plus monter ou descendre. J’ai fait évoluer les safrans pour qu’ils soient relevables et équipés d’un fusible pour ne pas casser si ça tape. Une des raisons pour lequel le bateau a abandonné en 2015, c’est parce qu’il avait des fragilités sur le tableau arrière donc on l’a fait renforcer.

Une autre évolution que j’ai faite c’est de passer au "tout solaire", deux panneaux fixes sur le tableau arrière + un troisième volant pour un total de 300W, plutôt que d’utiliser une pile à combustible. C’est une solution plus légère et d’après moi plus fiable.

Enfin, j’ai fait un travail d’optimisation des voiles avec X-Voiles. Ce sont des bateaux qui sont un peu à mi-chemin entre le monocoque et le multicoque. De la même manière que les multicoques n’ont plus de spi mais que des grands gennakers, en mini on a encore des spis mais qui ressemblent de plus en plus à des gennakers.

Prêt pour le départ ? Comment s’organise ta dernière journée ?

Le bateau est prêt ! La journée va être axée essentiellement sur la stratégie et la météo.

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