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Interview : Clarisse Cremer "Je ne peux pas savoir ce qui va casser"

Clarisse Cremer part sur un Pogo 3, le numéro 902 sous les couleurs de TBS. Nous l'avons rencontré la veille du départ. Elle nous explique ses motivations d'être sur la ligne de départ de la Mini Transat.

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Qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer sur le circuit de la Mini ?

C’est une bonne question. Je pense qu’on ne sait jamais exactement pourquoi on fait ça. Moi il y plein de volets différents. Il y a le côté sportif pur et dur en mode compet’. J’adore les défis sportifs, l’idée de se dire "est-ce que mon corps et capable de faire ça, traverser l’Atlantique en solitaire sur une petite machine de 6m50 ?". Avoir vu d’autres faire ça en mode challenge m’a motivé. C’est comme se dire j’ai monté le Mont-blanc ou l’Everest ou fait la diagonale des fous [Ultra trail organisé à la Réunion NDLR], pour moi c’était un peu ça au début. Après il y a plein d’autres volets, c’est aussi l’aventure d’une vie : être tout seul sur un bateau c’est à moitié une retraite spirituelle, se découvrir, découvrir les tréfonds de son esprit. Ça m’attirait beaucoup. Même avant la Mini-Transat, avec toutes les courses qu’on a faites, on apprend vachement sur soi. On apprend à se gérer, à gérer des situations compliquées. C’est un bon défi à se lancer pour grandir et pour continuer de progresser dans la vie. Pour moi la Mini-Transat, c’est la conclusion en mode retraite spirituelle, toute seule en mer.

Clarisse Cremer

Ce que tu as déjà vécu sur le circuit est comme tu l’imaginais ?

J’avais la chance d’avoir suivi ça pendant 4 ans via mon copain Tanguy Le Turquais qui a déjà fait deux fois la Mini. Donc j’avais une idée de ce qui se passait parce que je l’avais suivi de l’intérieur. Après je n’avais pas trop d’idée précise de comment ça se passait en mer, de la difficulté… Je m’étais dit : "c’est forcément plus dur que ce que j’imagine", mais en fait c’était encore plus dur que ce que je m’étais dit ! Il y a vraiment des moments où c’est chaud. On se demande ce qu’on fait là. Alors que pourtant je n’ai jamais eu vraiment de gros pépins.

Clarisse Cremer

As-tu eu des moments où tu as regretté de t’être engagée dans ce défi ?

Non, parce que je n’ai jamais eu de vraies emmerdes. Mais par contre, il y a des moments où c’est dur et on se dit "j’ai juste envie d’être dans un lit ou avec des copains à boire une bière". Quand on est en mer le premier jour et qu'il en reste 4, on se demande : "Mais comment je vais faire pendant 4 jours". Mais ce sont des petits moments passagers et justement le boulot et l’expérience c’est de réussir à garder un moral plus stable et de ne pas se laisser happer par ce genre de pensées négatives.

Et les bons moments, tu en passes beaucoup en mer ?

Ouais carrément. Et l’expérience, ça aide. J’ai passé beaucoup plus de bons moments en mer cette année par rapport à la première année où déjà j’avais l’impression d’avoir passé plein de bons moments. Plus on connait son bateau, plus on s’y sent à l’aise, plus on a les yeux ouverts sur autre chose et on arrive mieux à profiter des vrais moments positifs. Sans ça, ça n’aurait aucun sens.

Ton bateau est prêt ?

Oui il est prêt. Mais bon c’est toujours la même chose, on ne saura qu’à l’arrivée s’il était vraiment prêt. Je ne peux pas savoir ce qui va casser...

Clarisse Cremer

Tu navigues sur un Pogo 3, un Mini de série. As-tu personnalisé ton bateau ?

Tout ! Le plan de pont a été fait custom. Quand j’ai eu mon bateau, à part les winches et les chandeliers, rien n’était posé. Tout a été fait par Tanguy et moi avant même que le bateau ne soit à l’eau. Par exemple il y a les bâches [la descente peut être fermée par un taud transparent]. C’est un partenaire de Tanguy qui fait de la sellerie nautique à Vannes. Ça a été conçu pour ne pas prendre l’eau, pour fermer le bateau sans fermer la porte sinon tu ne vois plus tes instruments. Ça c’est méga efficace ! Les autres concurrents disent "je fermerai ma porte", mais en fait ils ne le font pas et ça mouille l’intérieur.

Même à l’intérieur tout est custom, j’ai vraiment refait un bateau à ma main. Il y a plein de choses chouettes.

Et toi tu te sens comment à la veille du départ ?

J’ai hâte d’aller me mettre un peu dans mon cocon, de préparer ma météo et de ne plus être avec trop de monde. La journée et la semaine ont été chargées. On a hâte d’y être parce qu’on en a marre d’attendre.

Et après avoir franchi la ligne d’arrivée ? Quelle sera la suite de ton programme ?

Je ne sais pas du tout. Je n’y ai pas trop réfléchi. L’objectif c’était de profiter de tout ça, de faire la Mini Transat à fond. Je vais essayer de tout faire pour arriver de l’autre côté. Du coup je n’arrive pas à me projeter et je ne veux pas mettre la charrue avant les bœufs. Je n’ai jamais fait de course au large pour de vrai, je n’ai jamais traversé l’Atlantique même en croisière ou en convoyage.

Clarisse Cremer

Pogo 3, le résumé du bateau

ChantierPogo Structures
ArchitecteGuillaume Verdier
Longueur de coque6.50 m
Largeur3.00 m
Tirant d'eau1.60 m
Catégorie CEB
Déplacement lège920 kg
Surface de voilure au près41 m2
Voir la fiche technique complète et les photos du Pogo 3
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