Interview / JPK10.30, une nouvelle génération de voilier de régate

© JPK

Le JPK 10.30 est sorti du chantier éponyme au printemps 2019. Ce bateau IRC d'une nouvelle génération se veut puissant et adapté aux longues courses en IRC, comme le Fastnet ou la Transquadra. Pour en faire la visite, nous avons rencontré, Jean Pierre Kelbert, le patron du chantierJPK Composites qui répond aux questions de Bateaux.com.

Jean Pierre, peux-tu nous présenter le JPK10.30 ?

Nous avons fait le JPK 10.30 pour succéder au JPK 10.10. Ce dernier a un palmarès éloquent, sa polyvalence est admirable. Alors, la question était, "comment améliorer ce bateau qui a gagné tous les formats de courses ?".

Avec le temps, les formats de courses évoluent vers plus de double et d'off-shore. Il y avait dans les cartons quelques idées. Durant la dernière Transquadra, j'étais sur un JPK 10,80 et Alex Ozon m'a bien banané avec son Bepox 9.99. Le 10.80 est un excellent bateau - polyvalent entre le solo et l'équipage - c'est déjà incroyable d'avoir une telle faculté d’adaptation. Mais sur une transat, face à un bateau comme le Bepox (ultra spécialisé pour le portant VMG), c'est impossible de faire le poids. Parfois, il allait 1 nœud plus vite que moi alors que je n'ai jamais aussi bien navigué (rire).

Le JPK10.30 est né pour briller en course au large de type IRC et en équipage réduit © JPK

Alors vous avez décidé de faire un bateau pour gagner une transat ?

On ne s'est pas dit qu'on allait faire un Bepox, au risque de ne pouvoir briller que sur une transat. Mais on a décidé d'orienter plus franchement notre copie pour le double ou solo en off-shore, quitte à perdre un peu en polyvalence. Avec le JPK 10.30, nous développons un bateau capable de gagner ces courses. Quitte à ce qu'il soit moins à l'aise pour défendre son rating sur les régates in-shore en équipage.

Quelles sont les caractéristiques qui font un bon bateau off-shore ?

En off-shore on navigue souvent à des allures intermédiaires, c’est très différent du près serré et du vent arrière. Le reaching et le largue serré demandent de la puissance et de la légèreté si l'on veut planer, et l’on veut planer pour aller vite.

Pour gagner en puissance de carène, on peut mettre plus de volume dans les sections avant de la coque. La conséquence est une augmentation de la surface mouillée, donc logiquement il faut mettre plus de toile. Ou alors, il faut alléger le bateau.

Un interieur simple et depouillé mais fonctionnel pour la course au large.

Les facteurs de performances sont interdépendants. Le jeu de l'IRC consiste à positionner des curseurs aux bons endroits, car si tu t'ajoutes plus de toile, le rating augmente et si tu allèges le bateau, le rating augmente aussi…

Pour concevoir le JPK10.30, l'idée directrice était l'allégement. Cependant, on ne pouvait pas gagner beaucoup de poids sur les modes de construction déjà sophistiqué. Par contre, on pouvait assez facilement gagner 300 kg de la masse sur la quille. En fait, on échange un peu de stabilité de poids contre un peu de stabilité de forme et surtout par l'ajout de ballasts.

Justement les ballasts, est-ce une grande nouveauté ?

Oui et non, les ballasts, on y pensait depuis un moment, car la taxation en IRC est de 3millième, c'est-à-dire seulement 15 secondes par heure.

Les ballasts sont positionnés en arrière de la descente

Ce qui nous freinait avec des ballasts (sur un bateau IRC, léger et volumineux), c'est que la surface de voiles doit être modeste pour conserver un rating intéressant. Car en IRC, la surface de voile fait rapidement exploser le rating. La complexité est de découvrir le seuil au-dessus duquel il faut toiler le bateau pour rester performant même dans le petit temps.

L'IRC c'est aussi compliqué qu'intéressant, c'est une gymnastique. Ce qui est sympa, c'est que maintenant l'IRC permet de faire des bateaux qui commencent à aller vraiment vite et c'est nouveau. Sur le Fasnet avec notre JPK 10.30, on allait 2 nds plus vites que le 10.80.

Le JPK10.30 a-t-il connu des évolutions depuis son lancement ?

Pas d'évolution fondamentale, mais des ajustements. Pour le premier bateau, on était parti un peu bas en surface de voile. Malheureusement, les courses d'avant saison se sont toutes déroulées dans la pelote et ce n'était pas notre avantage. Mais c'était intéressant pour le développement. Sur le dernier 10.30 sorti, nous avons augmenté un peu la surface des voiles (3m²) et ils ont gagné dans le petit temps en Méditerranée.

Le cockpit est optimisé pour les navigations en solo ou en double

Mais le rating va augmenter avec la surface de voile ?

Effectivement, il faut sauver le rating quand le vent forcit. Mais il se trouve que le JPK10.30 va très vite dès qu'il y a de l'air donc il peut sauver son rating. Finalement, on peut se permettre d'ajouter quelques mètres carrés afin qu'il soit aussi polyvalent qu'on le voulait.

Mais pour que ça marche, il faut rester léger, c'est pour ça que nous pensons qu'il sera moins à l'aise en équipage complet.

Jean-Pierre Kelbert et Alexis Loison, vainqueur du Fasnet sur le JPK10.30

En navigation que penses-tu de ces nouvelles lignes ?

Malgré le volume avant, le JPK10.30 marche très fort au près ! Il est impressionnant dans la mer formée et 25nds, on navigue à 7nds soit la vitesse d'un 10.80. Tant que le bateau est bien appuyé, bien gité, en pleine charge, on va vraiment vite et sans taper. Là où c'est dangereux, c'est lorsque le vent tombe et qu'il reste de la mer.

Au portant, Jacques Valer a super bien dessiné le rocker. Le rapport entre le volume de l'avant, le rocker arrière et la courbe du bouchain, font qu'à l'accélération au large serré, le bateau se cabre convenablement, on le sent bien calé et la barre est légère.

Que donnent les premières confrontations avec le Sun Fast 3300 qui partage les mêmes ambitions ?

Je pense qu'on est assez proche. Sur le Fasnet par exemple, nous étions au coude à coude dans le petit temps alors que nous avions encore notre petite grand-voile. Quand le vent est monté alors que nous étions encore au prés, nous allions un peu plus vite. Par contre au retour nous étions nettement plus rapides, avec des pointes régulières 20 nds, nous leur avons collé 30 milles sur les 120 de la traversée de la manche.

Comment se passe le lancement de ce nouveau bateau ?

Nous avons vendu une vingtaine de JPK10.30, et pour nous c'est déjà beaucoup. Nous aurions pu en vendre bien plus, mais le délai est parfois décourageant. Nous avons actuellement la capacité de livrer 1 JPK10.30 toutes les 3 semaines. Nous avons des limites de capacité de production liées aux méthodes de construction.

Et le fait d'avoir une production inférieur à la demande crée aussi une forme de rareté donc de l'intérêt. Ainsi la valeur de revente sur le marché de l'occasion est très haute.

Ce qui me pose vraiment un problème c'est lorsque je ne peux pas fournir un très bon régatier. Mais on ne peut pas promettre un délai qu'on ne pourrait pas tenir.

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JPK 1030, la fiche technique

MarqueJPK Composites
ArchitecteJacques Valer
Longueur de coque10.34
Largeur3.32 m
Tirant d'eau2.05 m
Déplacement lège3 500 kg
Surface de voilure au près59 m2
Voir la fiche technique complète du JPK 1030