Interview / L'autorisation de naviguer remise en question, un débat stérile ?

© Chloé Torterat

Depuis le 12 mai 2020, et la diffusion d'un communiqué de presse de la Fédération des Industries Nautiques, le monde de la plaisance s'affole sur un retour en arrière de l'autorisation de naviguer. Pas d'affolement, il s'agit juste d'une incompréhension.

Mardi 12 mai 2020, un communiqué de la Fédération des Industries Nautiques a mis le feu aux poudres dans le petit monde de la plaisance. Ce dernier fait référence à l'alinéa 2 de l'article 7 du décret du 11 mai 2020 qui stipule :

"II. — L'accès aux plages, aux plans d'eau et aux lacs est interdit. Les activités nautiques et de plaisance sont interdites. Le représentant de l'État peut toutefois, sur proposition du maire, ou, à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy, du président de la collectivité, autoriser l'accès aux plages, aux plans d'eau et aux lacs et les activités nautiques et de plaisance si sont mis en place les modalités et les contrôles de nature à garantir le respect des dispositions de l'article 1er et de l'article 6."

Serge Pallarès, président de la FFPP

Alors s'agit-il d'un retour en arrière concernant les déclarations du Premier Ministre tenues le 7 mai dernier autorisant la plaisance ? Serge Pallares, Président de la Fédération Française des Ports de Plaisance, explique :

"Suite à l'intervention du Premier ministre, il a été décidé que le maire et le préfet travailleraient en binôme sur de nombreux sujets — notamment les plages, la sécurité, les écoles — et les ports ne sont pas écartés de ce dispositif.

Avant ça, dans une démarche de réouverture à la plaisance, nous avons établi avec plusieurs instances un guide de préconisation de la gestion des ports sur les communes, précisant les gestes barrières et sanitaires à adopter par chacun. Ce document, demandé par le Secrétaire général de la mer, Denis Robin, a été validé.

Dans chaque commune, le maire est responsable de l'autorité de gestion portuaire. Il doit donc en relation avec le gestionnaire de port, demander l'ouverture du port au préfet du département en stipulant que la charte des bonnes pratiques de la fédération agrée par l'état est bien mise en place et que les conditions sont respectées pour la réouverture des locaux et des pontons. Le préfet valide ensuite la demande.

Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une crise sanitaire majeure et qu'est en jeu la responsabilité des maires, des préfets et des gestionnaires de port. On ne peut pas faire n'importe quoi.

Aujourd'hui, sur l'ensemble des façades maritimes — en Occitanie, sur la Méditerranée, sur la façade Atlantique — notamment à Brest ce matin sur le port du Moulin Blanc — les ports se débloquent et il n'y a aucun problème.

Je ne commenterais pas ce communiqué. Depuis deux mois, nous recevons des messages négatifs de crise sanitaire et aujourd'hui nous sommes responsables de diffuser des messages positifs, d'espoir et de sérénité. Il ne faut pas surtout pas mettre le feu et alimenter des débats stériles. Aujourd'hui les bateaux sortent et il est possible de naviguer. Il ne faut pas oublier que l'on sort d'une crise importante et que le redémarrage va se faire dans le temps. Pour conclure, je dirais qu'il y a beaucoup de gens qui commentaient, mais pas grand monde qui travaillait."

Effectivement, si on lit correctement l'alinéa 2 de cet article 7, on retrouve exactement la procédure détaillée par Serge Pallares. Car si l'on y lit « Les activités nautiques et de plaisance sont interdites » on y lit ensuite qu'il suffit au maire de faire la demande au préfet pour la réouverture des activités « si sont mis en place les modalités et les contrôles de nature à garantir le respect des dispositions de l'article 1er et de l'article 6 », soit la distanciation sociale d'au moins 1 m et le respect des gestes barrières et l'interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes.

Xavier Nicolas, Chef de la mission de la navigation de plaisance et des loisirs nautiques nous confie à son tour : "Les plages, les plans d'eau en mer ou en rivière sont fermés et les activités nautiques de plaisance sont interdites. L'autorité qui a compétence pour autoriser la reprise, c'est le préfet de département. C'est que le décret précise. Les capitaines de port doivent déposer leur demandes auprès des maires, qui ont des relations privilégiées avec les préfets. Par contre les ports ne sont pas fermés par décision gouvernementale.

Les plaisanciers peuvent se rendre sur les pontons et donc sur leur bateau. Ce qui est pour l'instant interdit dans les ports qui n'ont pas obtenu la validation d'autoriser la navigation c'est d'appareiller. C'est à dire que si un plaisancier se fait contrôler en mer, on lui demandera d'où il vient pour vérifier si la navigation dans ce port a été validée par le département. En tout cas je tiens à saluer la FFPP qui a fait un travail remarquable pour produire une charte des bonnes pratiques en un temps record."

La navigation n'est donc pas interdite, mais les ports qui rouvrent doivent avoir rempli les conditions nécessaires. De la même manière qu'il est indispensable de respecter des règles sanitaires et les gestes barrières dans les magasins ou dans les transports en commun. Alors pas d'affolement, lavez-vous les mains, hissez les voiles, relavez-vous les mains et profitez des embruns !

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Michel Begue - 2 mois
Bla-bla-bla : pour l'instant les ports de la Manche Nord sont fermés. La négociation maire-préfet est au point mort car le ports sont dans le même paquet que les plages, c'est donc conflictuel.
Michel Abellan - 2 mois
Il restera également à réfléchir (assez rapidement) sur la limitation actuelle à 54 milles qui ne fait pas vraiment du sens quand on vit sur son voilier.... La vraie question étant, comme bien se comporter sur le plan sanitaire quand on arrive dans un port ouvert, c'est à dire qui a pris les précautions demandées en matière de protection.
Michel Abellan - 2 mois
Si l'on voulait concilier navigation et respect d'une zone de 100km, l'envoi systématique des pavillons Q et L = Je suis en quarantaine, le permettrait. Les autorités auraient un visuel sur ces bateaux, autorisés à mouiller, mais sans permettre à leurs occupants de débarquer. Cela permettrait donc une croisière côtière sans risque d'infection. Seul un retour dans le rayon de 100km, leur permettrait d'avitailler.
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