Les belles histoires des tours du monde, Loïck Peyron sauve Philippe Poupon dans les 40e rugissants

En 1989, 13 concurrents prennent le départ du 1er Vendée Globe. Alors que la flotte s'engage dans les 40e rugissants, l'impensable se produit pour un des favoris de la course. Retour sur cette page de l'histoire de la course au large.

Une première édition d'anthologie

Fin novembre 1989, 13 solitaires s'engagent sur le premier Vendée Globe, la première édition de la course autour du monde en solitaire, sans escales et sans assistance. Et ils ne font pas les malins. Avant eux, peu de marins se sont aventurés dans ces mers hostiles. La flotte est assez disparate, entre protos neufs et anciennes gloires de la course au large.  Seul le Cacharel, ex Pen Duick 3 et skippé par Jean François Coste, est jugé à juste titre comme suffisamment solide pour affronter les mers du sud.

Philippe Poupon fait partis des favoris. Le marin a déjà remporté plusieurs Figaro, la Route du Rhum et la transat Anglaise. Son 60 pieds, Fleury Michon X, est un plan Briand flambant neuf équipé des dernières technologies. A son lancement, ce bateau est gréé en sloop. Mais jugeant la surface de grand-voile trop importante, et surtout la bôme trop longue pour affronter les mers du sud, Poupon modifie son gréement et rajoute un mât d'artimon.

Loïck Peyron prend le départ à bord de Lada Poch, un plan Bouvet Petit qui a déjà gagné le Boc Challenge avec Titouan Lamazou. Moins véloce que les protos derniers cris, il a subi un gros refit chez Marc Pinta à la Rochelle.

Couché sur le flanc

Au large de l'Afrique du Sud, Titouan Lamazou est en tête à bord d'Ecureuil Poitou Charentes II. Derrière, Philippe Poupon sur Fleury Michon X attaque pour essayer de le rattraper. Le 27 décembre, le PC course reçoit le signal de la balise de détresse de Philippe Poupon. A l'époque, les communications se font par radio. Personne ne connait la nature de la détresse de Poupon.

Loïck Peyron est le conçurent le plus proche. En proie à des petits problèmes de pilote, il ne capte pas le premier message du PC course. C'est à la 2e tentative que le skipper de Lada Poch reçoit la demande d'assistance. Le baulois termine ses réparations puis met le cap vers la position présumée de Fleury Michon. Il prépare une bannette au cas où il faudrait recueillir Poupon à son bord. Il mettra 24 heures pour rejoindre la zone de recherche, au près dans des conditions soutenues. Dans la baston, son gréement se détend. Il doit monter au mât pour réparer.

Alors qu'il malmené dans sa chaise de mât, il aperçoit l'aile d'un avion de reconnaissance qui lui indique le cap à prendre. Il réduit sa grand-voile à trois ris pour limiter sa vitesse, et garde une petite voile d'avant pour rester manœuvrant.

C'est alors qu'il découvre le 60 pieds de son ami couché sur le flanc. En partant au tas, Fleury Michon X est resté couché sur la surface de l'eau, comme un simple dériveur. De son propre aveu, Loïck Peyron ne s'attendait pas voir son ami dans cette position délicate. "Je m'étais préparé à tout sauf à cette situation. Je pensais le retrouver retourné ou dans son radeau. Démâté, non, car Philou n'aurait pas appelé au secours et se serait débrouillé tout seul pour rejoindre la terre ferme " .

Un sauvetage épique

Peyron fait un premier passage et ne voit personne. Il hurle pour signaler sa présence, et Poupon sort de son bateau en combinaison de survie. Ils communiquent par VHF pour faire un point et convenir de la démarche à suivre.

Philippe Poupon s'est fait très peur. Couché sur le flanc depuis plus de 24 heures, il a tenté de jouer sur l'équilibre des 3500 litres de ballast pour tenter de redresser son bateau, se voyant parfois partir par le fond. Une remorque va être passée pour aider Fleury Michon X à se redresser. En bon communiquant, Loïck filme la manœuvre avec une caméra fixée sur l'arceau arrière. Il manque de passer à l'eau au moment où il récupère le bout lancé par son concurrent malchanceux.

Après 20 minutes de remorque pour se remettre dans l'axe du vent, le plan Briand ne se redresse pas. Epuisé, Peyron s'accorde une courte sieste. Il est alors réveillé par Philipe Poupon, qui lui annonce être prêt à larguer l'artimon. Tous les haubans sont sectionnés, et le 60 pieds meurtri se redresse enfin.

La GV est en lambeaux, le gréement est endommagé, mais Fleury Michon X peut reprendre sa route. Après avoir un temps envisager de continuer sa course, Philippe Poupon se résigne et met le cap vers l'Afrique du Sud, où il annoncera son abandon.

A l'époque, il était impossible d'envoyer une vidéo depuis un voilier en pleine mer. Il faudra attendre le passage du Cap Horn pour que Loïck largue dans un sac étanche la cassette à son frère Stéphane, venu le saluer depuis un autre voilier. Au propre comme au figuré, les images ont fait le tour du monde, participant à la mise en avant de la course.

Loïck terminera 2e de cette édition, après avoir passé 110 jours en mer.

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