Reder Mor 6, la renaissance d'un vieux goémonier

À Damgan (Morbihan) le Reder Mor 6 est en cours de rénovation grâce à la volonté d'une association de volontaire. Ce vieux gréement date de 1962, c'est une réplique légèrement gonflée, des goémoniers qui naviguaient dans la baie de Lanildut (Bretagne Nord).

Jean-François Joubert, originaire du pays Léon, a rencontré le fils du propriétaire. C'est son père, le docteur Jacques Perron qui a commandé la construction de ce bateau au chantier Le Got à Plouguerneau en 1962. Ce chirurgien voulait un bateau pour la croisière. Il le commanda donc avec un rouf et surtout plus grand que les goémoniers classiques. En effet, les canots ouverts pour ramasser les algues mesuraient habituellement entre 5,50 et 6,50 m. Le Reder Mor 6 mesure 7,80 m.

Reder Mor 6
Les plans d'origine retrouvés par le fils du propriétaire

La pêche au goémon consiste à cueillir des algues sous la mer. Autrefois ces algues qui une fois à terre finissaient dans des fours pour être transformées en bloc, étaient ensuite livrées sur le continent aux usines qui allaient extraire de l’iode (pour des usages pharmaceutiques notamment).

Pour être lestés, ces goémoniers embarquaient des galets qu'ils rejetaient à la mer en les remplaçant par des algues au cours de la pêche. Point de galets sur le Reder Mor 6, mais une pièce de fonte boulonnée sous la quille.

Reder Mor 6
Le Reder Mor 6 juste après sa construction. On voit le rouf dont il était doté.

Aujourd'hui la rénovation avance à grands pas, même si 95% du bateau a dû être reconstruit. De l'origine il ne reste que la quille, le lest, le haut de l'étrave et 5 varangues… tout le reste est neuf, reconstruit comme à l'époque en utilisant du bois massif avec un bordage en acajou et en chêne et la quille en iroko.

Reder Mor 6
Le Reder Mor 6 a son arrivée à Damgan

Emmanuel Flahault, président de l'association "Un vieux gréement pour Damgan" nous présente le chantier de rénovation.

Le 6 février 2015, le Reder Mor 6 arrive au chantier de Penerf dans un sale état, pourquoi ce désir de le restaurer ?

Emmanuel Flahault : Yann Réveillant, le premier président de l'association avait souhaité cette rénovation et pour cela avait rassemblé autour de ce projet une petite dizaine de volontaires. Le bateau a été acheté et transporté jusque Damgan-Penerf. Un tel patrimoine ne pouvait être abandonné, et l'aventure était tentante. Ensuite, il a fallu presque un an pour organiser l'association, monter les dossiers, trouver des subventions, demander des devis, inventer un mode de fonctionnement, trouver un local et des machines...

Sur le chantier qui est ouvert un jour par semaine (le jeudi), le charpentier de marine est rémunéré à la journée. Les volontaires font les achats et approvisionnements et nous participons à la rénovation.

Reder Mor 6

3 ans de travail de restauration, en plus de la recherche de financement : vous êtes tenace ! Quels sont les plus gros points chauds de cette restauration ?

Emmanuel Flahault : Au début, étant moi-même désigné responsable du chantier, j'envisageais un budget plus modeste, et 1 an et demi à 2 ans de travail. Mais la restauration s'est révélée bien plus sérieuse, et il ne reste aujourd'hui d'origine que la quille, 5 varangues, la bitte, le haut de l'étrave et le marsouin, les ferrures ainsi que le gréement.

Le budget global de 145.000 € faisait un peu peur... Mais le président et le Conseil d'administration ont bien œuvré pour trouver le financement, et tous nous avons foncé. Notre méthode de travail bénévole nous permet d'abaisser le coût global de 40.000€ environ.

Si le travail sur le chantier se fait agréablement, C'est finalement les participations à différentes manifestations sur Damgan qui sont plus dures : restaurations, buvettes, produits vente de produits dérivés. Cela nous a fort occupés durant ces étés. Les ateliers "maquette", "matelotage", et surtout "actions avec les scolaires" sont très actifs. Cela prend du temps, mais ils nous rendent visibles, donc finançables. Nous sommes aussi très intéressés pour communiquer avec les enfants. Des classes viennent régulièrement visiter le chantier et ces échanges nous tiennent à cœur. C'est une très bonne ouverture vers la jeunesse.

Reder Mor 6

La mise à l'eau est prévue pour la Semaine du Golfe 2019. Est-ce une date réaliste ?

Emmanuel Flahault : Oui, c'est réalisable. Même si nous savons que les dernières semaines seront "chaudes" Il nous restera, à l'automne, la motorisation, en cours de commande, les voiles, commandées aux ateliers de l'Enfer et les aménagements intérieurs de ce gros canot creux.

Cela va être possible grâce à l'équipe qui se donne pour ce projet. Elle a peu évolué, avec un côtoiement de personnes de conceptions différentes. On est entre une bande de copains et des véritables travailleurs qualifiés. C'et en énorme majorité, des retraités. L'association compte désormais une petite centaine d'adhérents, et les entreprises locales nous aident aussi beaucoup.

Mais sans notre charpentier de marine, François Blatrix, qui a bien voulu travailler avec nous, rémunéré à la journée et nous conseillant pour les achats en bois, visserie, colles et mastic, outillage, nous serions bien peu, il a fort bien assimilé notre esprit d'association, encouragé et réprimandé. Exigeant, il est très bon dans son métier. François a participé à l'aventure du SaintMichel2, copie du bateau de Jules Verne, il soigne aussi le Forban du Bono, ND de Bequerel, et bien d'autres. Et voileux lui-même, il navigue sur ces vieux gréements. J'en profite pour remercier aussi toute l'équipe de volontaire sans qui rien ne serait à ce stade aujourd'hui.

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