Interview / Souvenirs iodés d'un skipper avec Samantha Davies

Samantha Davies

Sam Davies est la nouvelle skipper de l'IMOCA Initiatives-Cœur et courra le Vendée Globe 2020. La navigatrice britannique est aussi une véritable touche-à-tout : Trophée Jules Verne, Solitaire du Figaro, Transat AG2R, Volvo Ocean Race… Mais depuis 2007, elle se consacre à l'IMOCA. Portrait.

Quel est ton premier souvenir en mer ?

Je n'en ai pas vraiment. La première fois que j'ai été en mer, j'avais 2 semaines ! Je suis née dans une famille de marin. Mon grand-père paternel était commandant de sous-marin pendant la guerre, à seulement 26 ans. Mon grand-père maternel avait un chantier naval en Angleterre. Il avait d'ailleurs construit un bateau pour mes parents. Lui-même faisait des courses de bateaux à moteur, ce qui était très dangereux à l'époque.

Mes parents avaient prévu de partir naviguer pendant les vacances d'été, mais je suis né un peu tôt. Ils donc attendu 2 semaines avant de m'emmener à bord. Depuis, j'ai toujours vécu autour de la mer et des bateaux. C'est mon quotidien.

Quel déclic t'a donné envie de te lancer dans cette carrière ?

Pendant mes années lycée puis pendant mes études en école d'ingénieur à l'université de Cambridge, je pratiquais la voile pour le plaisir. C'était un loisir familial. Je faisais un peu de compétition, mais c'était pour m'amuser.

J'ai toujours eu la chance d'être présente aux départs de course comme la Whitbread (ancienne Volvo Ocean Race), la World Cup ou encore le Fastnet. J'ai donc toujours vu ces magnifiques bateaux de haute technologie. Même si ça m'intriguait et me faisait rêver, je ne me suis jamais imaginée en tant qu'équipière.

Je me voyais plutôt architecte navale ou calculateur en bureau d'étude. J'ai donc fait toutes mes études dans l'idée d'intégrer une équipe de design de bateau.

Puis, en 1989, Tracy Edwards a mené le premier équipage entièrement féminin autour du monde dans la Whitbread Round the World Yacht Race et terminé à la 2e place. C'était magnifique. Cette victoire me montrait que c'était possible pour moi d'être à bord d'un de ces bateaux magiques et pas seulement intégrés à une équipe technique.

As-tu eu un mentor ou un autre skipper qui t'a marqué ?

Il y en a eu plusieurs. D'abord Tracy Edward, cette femme britannique qui a brillé lors de la Whitbread avec son équipage exclusivement féminin. Chaque équipière avait un rôle super important. Ça m'a vraiment marqué.

Un peu plus tard, j'ai eu la chance de pouvoir compter sur le soutien de Michel Desjoyeaux. Mon premier IMOCA était son ancien bateau. Lui aussi courait en IMOCA. Nous étions en quelque sorte des concurrents, mais il était aussi mon mentor. Quand j'avais des questions sur le bateau, je l'appelais. Il m'a donné plein de conseils.

Quel bateau t'a laissé le meilleur souvenir ?

Mon bateau actuel, l'IMOCA Initiatives-Cœur. C'est le bateau le plus performant que j'ai eu et j'ai la chance de pouvoir naviguer dessus. J'ai déjà vécu des choses énormes avec. Ce sont de super sensations et je sais que je vais vivre des courses magnifiques jusqu'au Vendée Globe 2020. Je suis hyper contente avec ce bateau. Il est assez vieux, mais on va pouvoir le rendre performant avec ces nouveaux grands foils et le travail de mon équipe.

Quelle est ta plus belle réussite de marin ?

On a la chance d'avoir fait ça toute notre vie alors c'est dur de distinguer un moment. Terminer mon premier Vendée Globe 2012-2013 à la 4e place c'est fort. Ce n'était pas très fun au niveau des sensations marines, mais j'avais un vieux bateau et c'était une énorme réussite.

Il n'y a pas vraiment eu de moment spécial, c'était la course en elle-même qui l'était, même si l'arrivée dans le chenal des Sables-d'Olonne est incroyable. On est environ 80 skippers à avoir finir le Vendée Globe.

Au quotidien, quelle est ta pratique de la plaisance ?

Pas suffisante pour me satisfaire. J'ai toujours vécu autour de la mer et j'ai la chance d'habiter en face de la plage. Je fais du SUP depuis 2009, mais à la base mon sport c'est la natation. Je suis une ancienne nageuse. La voile c'était les vacances et le weekend. Du coup je continue de pratiquer la nage libre.

Tous les étés, je pratique la plaisance, avec mon compagnon Romain. On prend une semaine pour nous en bateau. On a d'ailleurs loué le RM de François Gabart ces deux dernières années, avec notre fils. Lui aussi est passionné par la voile. On a envie de lui transmettre cette passion qui peut se faire en famille. C'est un véritable un loisir qui nous apporte un vrai plaisir. C'est un style de vie. Mes parents vivent sur un bateau de 18 m du coup mon fils adore y aller.

Quelle est ta zone de navigation favorite et celle que tu redoutes ?

La zone de navigation que je préfère pour la croisière c'est la Bretagne. Le long des côtes : Houat, Belle-Île, le Golfe du Morbihan et un peu la Bretagne nord. J'y faisais des croisières en famille. J'y ai beaucoup de souvenirs. J'ai aussi beaucoup pratiqué cette zone en course, sur la Solitaire du Figaro.

Après, de manière plus large, j'adore naviguer en Atlantique.

Il y a beaucoup de zones que je redoute, pour des raisons différentes. Sur la Volvo Ocean Race, j'avais peur des zones où il y avait des pirates. Les dangers inconnus me font peur, surtout dans l'océan Indien, le détroit de Chine et la Malaisie.

Dans un autre registre, je ne suis pas très à l'aise dans l'Atlantique Sud, au large du Brésil, ou en Méditerranée.

Si tu n'avais pas été skipper, qu'aurais-tu fait ?

Je dirais, même si c'est un rêve, de travailler dans tout ce qui est la science et l'exploration Je n'aurai pas voulu être pilote, mais celui qui calcule tout ça. Pour un ingénieur ça fait rêver.

Plus d'articles sur les chaînes :

Réagir à cet article :
Ajouter un commentaire...