La Whitbread, la course qui a révèlé Peter Blake

Steinlager 2 © Don Robertson

Avec sa petite notoriété, Peter Blake est invité à participer à la première édition de la Whitbread en 1973. Une expérience amère. Ce qui ne l'empêche pas de participer aux quatre autres éditions suivantes, jusqu'à sa dernière participation en 1989-1990 et sa tant attendue victoire.

1973 - 1974, un premier échec cuisant 

Après sa victoire au championnat néozélandais Junior Offshore Group (JOG) en 1967-68 sur Bandit, le voilier qu'il s'est construit dans le jardin familial, il rêve de voir le monde. Il vend son bateau et s'achète un billet d'avion, direction l'Angleterre. Il gravite alors dans le milieu de la voile et navigue en tant qu'équipier sur de nombreux bateaux.

En 1971, il s'illustre par sa victoire sur la première course reliant Le Cap à Rio de Janeiro. Il est alors chef de quart sur Ocean Spirit. Il gagne ainsi une place sur le premier tour du monde à la voile en équipage avec escale, la Whitbread. Il est équipier sur le voilier de Leslie Williams Burton Cutter. Cette expérience sera un véritable échec.

Le bateau est mal préparé – il manque des bannettes, le siège du barreur est un carton de bière, qui prendra l'eau rapidement, les toilettes ne sont pas installées correctement et les eaux usées non traitées se déversent dans les fonds, il pleut dans les cabines – et subit de gros dommages structurels lors de l'étape australe à destination de Sydney.

Cette mauvaise expérience, Blake la qualifie de "période d'apprentissage" et sans doute qu'il lui doit son goût pour la planification et le souci du détail.  

1977-1978, une deuxième édition toujours mal préparée

Entre ces deux Whitbread, Peter Blake remporte plusieurs victoires : la Round Britain Race en 1974 avec Robin Knox-Johnston ou la première Round North Island (Nouvelle-Zélande) en 1977.

Pour son deuxième tour du monde en 1977, Peter est chef de quart sur le magnifique yacht Maxi, Condor of Bermuda. Skippé conjointement par Leslie Williams et Robin Knox Johnston, le sloop de 24 m a été conçu par John Sharp (qui avait déjà dessiné Burton Cutter). Sa coque en bois moulé supporte un mât fabriqué en fibre de carbone, ce qui en fait un véritable précurseur.

Si le bateau parait mieux terminé que son prédécesseur, ce n'est qu'une illusion. Le manque préparation lui sera fatal puisque le gréement en carbone est inutilisable dès la première étape. Malgré ses victoires sur les 2e et 4e manches et une 2e place sur la 3e étape, Condor termine à la dernière place de la course.

1981 – 1982 : une troisième essai et un démâtage

À l'issue de la seconde Whitbread, Blake passe une grande partie de l'été 1978 pour aider à la rénovation de Condor, dans le pittoresque village d'Emsworth, sur la côte sud de l'Angleterre. Il y fait la connaissance de sa future femme - Pippa Glanville – étudiante aux Beaux-Arts à Londres, qu'il épousera en Angleterre en 1979.

Ils passeront une partie de leur lune de miel à convoyer Condor en Australie, où Peter, devenu skipper officiel du bateau, participe à la Sydney Hobart. Il remporte de nombreuses courses cette même année : la Miami to Montego Bay Race, la Antigua to Bermuda Race (et établit un nouveau record) ainsi que la célèbre Fastnet Race et son édition noire, dans laquelle 19 marins décèdent, et 20 bateaux sont coulés.

À l'heure où la Nouvelle-Zélande fait désormais partie intégrante des patries "voileuses", deux équipes néozélandaises participent à la troisième Whitbread. Outward Bound est un bateau de 50 pieds conçu par Laurie Davidson et skippé par Digby Taylor. Ceramco New Zealand, est un sloop de 30 mètres conçu par Bruce Farr et skippé par Peter Blake. Il a notamment remporté la Sydney-Hobart en 1980.

Le bateau quitte Portsmouth en 1981, en tant que sérieux candidat à la victoire. Mais 23 jours après le départ, c'est la catastrophe. Ceramco New Zealand démâte et les rêves de victoire de Blake s'effondrent. À la fin de la première étape, le voilier est toujours à 2 500 milles du Cap. Deux choix s'offrent alors au navigateur et à son équipage :

  • Se diriger vers l'île de l'Ascension et rejoindre l'Afrique du Sud au moteur, en abandonnant la première étape
  • Naviguer au portant vers Le Cap en se rallongeant de 1 000 à 1 500 milles.

Pour le marin déterminé, le premier choix est impensable. Ceramco franchit donc la ligne d'arrivée de la première étape sous gréement de fortune, l'un des exploits les plus marquants de l'histoire de la voile.

Remâté au Cap, Ceramco continue sa route avec une sixième place sur la 2e étape et des victoires notables sur les étapes d'Auckland et de Portsmouth. Ceramco termine la Whitbread à la 11e place.

1985-1986 : un bateau trop lourd

Son arrivée sous gréement de fortune lors de la première étape de la Whitbread de 1981 lui attire l'adhésion du public. Blake est désormais reconnu. Alors qu'à la fin de son premier tour du monde, il s'était dit "plus jamais" déçu du résultat et incertain de la stabilité financière de son métier de skipper, le voilà donc embarqué pour une quatrième campagne.

Déterminé à avoir un maxi yacht de dernière-génération, il réunit un budget de 3 millions de dollars néozélandais (Ceramco avait couté 600 000 $). Lion New Zealand est un sloop conçu par Ron Holland surnommé "véhicule d'assaut urbain" suite à sa participation à la Sydney-Hobart en 1984. Malgré les conditions très orageuses, qui firent un mort et obligèrent le retrait de la course de 106 bateaux, Lion remporte la première place.

Mais finalement, la conception robuste du voilier qui avait été un avantage sur la Hobart s'avéra être un inconvénient pour la vitesse. Avec de beaux résultats – malgré deux collisions avec une baleine sur la 3e et 5e étape, Lion terminera à la deuxième place de l'épreuve.

1989 – 1990 : la dernière et la première !

Douglas Myers, l'ancien président de Lion Breweries, décide de continuer le sponsoring voile avec trois nouveaux projets, qui seront courus sous le nom de Steinlager, sa bière d'exportation. Après une victoire sur la Round New Zealand Two-Handed Yacht Race en 1988 à bord du trimaran Steinlager 1, il est temps de courir sur sa cinquième Whitbread.

En raison des troubles politiques en Afrique du Sud, le parcours de la Whitbread de 1989-1990 est modifié pour exclure le Cap. Le départ est donné de Southampton (Angleterre) en direction de Punta del Este (Uruguay). Suivront Fremantle (Australie), Auckland (Nouvelle-Zélande), Punta del Este de nouveau, Fort Lauderdale (États-Unis) et retour à Southampton. Cette nouvelle route demande un voilier de portant.

En collaboration avec le designer Bruce Farr, Blake et son équipage décidèrent d'un bateau plus long que jamais avec des mâts plus grands. Après avoir découvert que ses rivaux Fisher & Paykel (F & P) avaient un design très similaire avec un gréement ketch, le navigateur décide à la dernière minute d'opter pour un gréement fractionné. Avec cette architecture particulière, Big Red se démarque des autres.

Steinlager 2 passe la ligne de départ de l'édition 1989-90 de la Whitbread en tête. Chaque étape a son lot de drame : conditions météo éprouvantes, disparition en mer d'un équipier ou encore problème de gréement. Mais malgré toutes ces épreuves, Big Red arrive en tête de chaque étape et remporte la course.

©Don Robertson

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