Peter Blake, le premier skipper étranger à remporter le Trophée Jules Verne

Après ses cinq participations à la Whitbread — tour du monde en équipage avec escale — Blake rêve de nouveaux défis, de nouveaux records. Avec la création du Trophée Jules Verne — tour du monde en équipage sans escale —, il trouve un nouveau challenge à accomplir. Après un essai avorté, il devient le premier étranger à remporter le record du tour du monde à la voile.

Participation au premier Trophée Jules Verne

Après la création du Trophée Jules Verne en 1991 et la définition du parcours — départ et arrivée sur une ligne imaginaire matérialisant l'entrée de la Manche, entre le Cap Lizard, en Angleterre, et '’île d'Ouessant, en France, les équipages courront d'est en ouest, en route ouverte, laissant à bâbord les trois caps, Bonne Espérance, Leeuwin et Horn, sans assistance et sans escales — celui-ci est officiellement présenté à Peter Blake, légende de la voile néozélandaise.

Ce dernier rêve d'un nouveau défi à relever après s'être illustré sur la Whitbread, tour du monde en équipage avec escale.

Le 20 octobre 1992, dans le salon du Yacht-Club de France, la ligne de départ du Trophée Jules Verne est officiellement ouverte. Trois ministres sont présents et le gratin des navigateurs aussi. Peter Blake et Robin Knox-Johnston, deux monuments de la course au large, font également l'honneur de leur présence.

Les deux marins étrangers annoncent qu'ils relèvent le défi. Le départ aura lieu au début de l'année 1993. Ils courront sous les couleurs d'ENZA — marque d'exportation de pommes et poires néozélandaises — à bord de l'ancien Formule Tag, construit en 1983. À l'époque, il est le plus grand catamaran du monde avec ses 80 pieds.

Pour ce premier Trophée Jules Verne, les Néozélandais seront en concurrence avec le français Bruno Peyron, qui relève le défi sur le multicoque Commodore Explorer. Les deux équipages quittent le port de Brest le 30 janvier 1993.

Avarie et victoire des Français

26 jours plus tard, Peter Blake envoie un message à son équipe à terre pour lui annoncer l'abandon de sa tentative. Alors que le bateau se trouvait au sud du Cap, il a heurté un OFNI et la coque tribord est percée. Il faudra 16 jours à Blake, Knox-Johnston et leur équipage pour ramener le catamaran au Cap, écopant l'eau toutes les 10 à 15 minutes.

Bruno Peyron devient donc le premier à boucler le tour du monde en équipage et sans escales en 79 jours, passant sous la barre fatidique des 80 jours.

Une deuxième tentative pour une victoire

Malgré l'engagement de Blake dans une campagne de Coupe de l'America avec la Nouvelle-Zélande, il n'abandonne pourtant pas son objectif de Trophée Jules Verne.

ENZA a été rallongé de 3 m, sa coque renforcée sous la ligne de flottaison, sa structure allégée et ses voiles retaillées, ce qui devrait augmenter la performance du bateau de 15 %.

En janvier 1994, Blake, son coskipper Knox-Johnston et ses six hommes d'équipage — contre quatre pour la fois précédente — passent de nouveau la ligne de départ du Trophée Jules Verne. Ils sont challengés cette fois-ci par Olivier de Kersauson sur son maxi trimaran Lyonnaise des Eaux Dumez.

Les modifications apportées à ENZA portent clairement leurs fruits puisque l'équipage compte 411 milles sur la première journée de course. Ils battent le record de distance en 24 heures avec 517 milles réalisés le 6e jour de course.

Chaque jour, le catamaran aligne environ 440 milles jusqu'au 24e jour où il est à deux doigts de chavirer. Peter Blake est grièvement blessé. Côtes cassées, dos et bassin très abimés obligent le skipper a resté confiné dans sa couchette et l'équipage à ralentir. ENZA continue néanmoins d'aligner entre 450 et 470 milles par jour.

© Photo Ivor Wilkins

Après 5 jours de convalescence, Blake reprend la barre pour passer le cap Leeuwin — 2e des caps mythiques qui jalonnent le parcours. Le challenger — mené par Kersauson — pointe à 1 400 milles derrière. Mais un cyclone barre la route du catamaran néozélandais, qui est obligé de bousculer sa route. L'écart avec son concurrent se réduit dangereusement à seulement 400 milles. Si bien que La Lyonnaise rattrape son retard. Mais il faut continuer à tenir et à avancer dans ces conditions dantesques avec des vagues de 17 à 18 m de haut.

Après 48 heures, le vent s'est enfin calmé et ENZA a pu passer le Cap Horn, toujours en tête malgré les 367 milles parcouru ses derniers jours par son concurrent le trimaran de Kersauson Au 52e jour de mer, le catamaran retrouve des vitesses rapides, atteignant plus de 20 nœuds, mais les Français n'ont que 90 milles de retard.

AU 60e jour, ENZA enregistre 383 milles parcourus contre 202 pour son concurrent, gagnant un jour d'avance. Au 70e jour, les Néozélandais ont profité d'une période de calme des Français pour reprendre 372 milles d'avance. Mais plus que tout, ils ont 1 200 milles d'avance sur Commodore, le détenteur du Trophée Jules Verne depuis 1994. Ils semblent prêts à passer sous la barre des 75 jours.

Malgré la tempête de force 10 annoncée pour la fin du parcours, ENZA franchit la latitude de Ouessant aux premières lueurs du jour, le vendredi 1e avril 1994. Blake réalise alors son rêve et établit un nouveau record : 74 jours, 22 heures, 17 minutes et 22 secondes.

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