Interview Souvenirs iodés avec Yoann Richomme

Yoann Richomme

Yoann Richomme vient de remporter la Route du Rhum 2018 en Class40, en s'offrant même, pour sa première participation, le nouveau temps de référence. Après la case Figaro, il cherche un projet pérenne pour la suite : continuer en Class40 ou, pourquoi pas, un projet Vendée Globe ? Voici son portrait de mer.

Quel est ton premier souvenir en mer ?

J'ai des souvenirs de croisière en famille avec mes parents, les frères et sœurs surtout en Bretagne sud, sur la côte bretonne, à bord d'un Symphonie (NDLR : un voilier Jeanneau de 9,40 m construit en 1974).

Quel est le déclic qui t'a donné envie de te lancer dans cette carrière ?

Quand je suis arrivé à l'université — l'école d'architecte de Southampton — un copain m'a invité à faire le Tour de France à la voile. C'était en 2003 et ça a duré jusqu'en 2006. C'était ma première vraie compétition à la voile et on était sponsorisé par Alfa Laval. 

J'ai aussi participé à la préparation de Nicolas Lunven sur la solitaire du Figaro. C'était une connaissance d'enfance. Je l'ai croisé l'hiver, et il m'a dit qu'il cherchait un préparateur technique. Du coup, j'ai fait la saison à ses côtés. Je me suis dit que je ferai cette course et c'est ce que j'ai fait 3 ans plus tard.

Est-ce que tu as eu un mentor ou un autre skipper qui t'a marqué ?

Mon père naviguait pas mal et il faisait quelques compétitions, comme la Duo Solo Altantic (NDLR : actuelle Transquadra) que je suivais. Il m'a initié à tout ça.

J'ai découvert la voile de compétition avec le projet de Nicolas Lunven. Il était géré par Charles Caudrelier et c'est d'ailleurs lui qui m'a prêté son bateau pour ma première solitaire. Il a pas mal influencé ma façon de faire. Je pense qu'une partie de mon sérieux, de ma rigueur et de mon calme vient de lui. Nicolas Lunven était comme ça aussi.

J'ai aussi fait 2 transats Jacques Vabre avec Damien Seguin qui m'a appris à avoir la niaque en mer, comment ne jamais lâcher le morceau.

Quel bateau t'a laissé le meilleur souvenir ?

En 2011, j'ai eu la chance de naviguer en lMOCA avec Vincent Riou sur son PRB actuel — le bateau devait avoir 3 ans —, de Port-La-Forêt à Barcelone. J'ai découvert quelqu'un de très technique, qui soigne ses bateaux dans le moindre détail et qui est capable d'aligner des vitesses incroyables sur ce type de bateau. On faisait des sauts de vagues dans 45 nœuds de vent. 

Par la suite, j'ai refait de l'IMOCA lors d'un convoyage sur l'Istanbul Europa Race et j'ai participé à la première étape. C'était une très bonne expérience et ma première vraie navigation sur un bateau de course, dans le sens entier du terme.

Quelle est ta plus belle réussite de marin ?

Gagner la solitaire du Figaro. Ça restera l'évènement le plus marquant pour moi, même si aux yeux du public, la victoire sur le Rhum est plus importante. J'ai toujours souhaité gagner la Solitaire. Encore aujourd'hui, ça me parait incroyable ! On s'est battu pour. C'est  sans doute une des courses les plus difficiles. Le niveau est extrêmement homogène, tout le monde s'entraine dans des centres, on navigue sur des monotypes que l'on ne peut pas faire évoluer… C'est assez extrême. On est en mode sérieux : entrainements, étirements… C'est l'école du travail !

D'ailleurs, cette expérience m'a beaucoup servi, puisque sur les pontons à Lorient, avant le départ du Rhum, on était le premier bateau à sortir s'entrainer et le dernier à rentrer. On s'est préparé en mode Figaro. Ça apporte une rigueur.

Vraiment, la Solitaire vient en haut de la liste des courses dont je suis le plus fier d'avoir gagné. Je suis aussi très fier de cette Route du Rhum 2018 et de ce que j'ai vécu avec tout le monde. C'était un projet complet, avec une cinquantaine de personnes impliquées. Dans un projet comme celui-là, on emmène du monde avec nous. Ça demande de l'exigence, de la rigueur, de conseils.

Au quotidien, quelle est ta pratique de la plaisance ?

J'adore la croisière. En dehors des courses, j'essaye d'en faire. Mes parents ont un bateau en Bretagne sud et j'en profite beaucoup pour naviguer en Atlantique, découvrir des petites iles.

J'adore aussi faire découvrir la voile à mes potes qui n'y connaissent rien. J'ai la chance de savoir mener un bateau, dans de petites criques pas faciles d'accès et c'est une chance inouïe d'avoir cette maitrise.

J'aime beaucoup aussi le Moth à foils. Ça fait quelques mois que je n'en ai pas fait, mais dès cet hiver, je vais reprendre à Lorient ou Quiberon.

C'est l'idée aussi qui se cache derrière cette envie de projet structuré. (NDLR : après sa victoire en Class40 sur la Route du Rhum, Yoann Richomme espère trouver un projet pérenne). C'est de pouvoir en profiter, de retrouver une vie sociale. J'ai fait beaucoup de sacrifices pour ce projet et j'aimerais arrêter d'en faire autant.

Si tu n'avais pas été skipper, qu'aurais-tu fait ?

J'ai toujours le rêve d'être chef d'entreprise. J'adore la compétition, mais aussi la gestion de projet. J'aime ce côté humain et gestion. Ça pourrait d'ailleurs me tenter par la suite. J'ai considéré que j'étais tombé au hasard dans la course au large. Je pourrais même gérer le projet d'un autre coureur.

Tant que ça progresse et que je m'éclate, je continue ma carrière et le jour où il sera temps, je passerai à autre chose.

Plus d'articles sur les chaînes :

Symphonie, la fiche technique

MarqueJeanneau
ArchitectePhilippe Briand
Longueur de coque9.50
Largeur3.26 m
Tirant d'eau1.50 m
Catégorie CEA
Déplacement lège4 460 kg
Surface de voilure au près61 m2
Carburant66 L
Voir la fiche technique du Symphonie
Réagir à cet article
Ajouter un commentaire...
Souvenirs iodés d'un skipper
IMOCA
Route du Rhum
A lire aussi sur Bateaux.com