La naissance du voilier Antarctica (Tara), réplique du Fram

Antarctica, la première vie de Tara © Jean-Louis Etienne

Jean-Louis Étienne veut accomplir la dérive transpolaire comme l'a réalisé avant lui l'explorateur norvégien Fridtjof Nansen. Il se fait construire un bateau spécialement pensé pour résister aux glaces, l'Antarctica. Mais faute de moyens, il n'accomplira jamais son rêve et devra vendre son navire.

L'histoire de Tara commence en 1978, à bord de Pen Duick VI, le navire d'Éric Tabarly. Lors des quarts de nuit, Jean-Louis Étienne et Olivier Petit, deux étudiants en architecture navale, débattent du bateau d'expédition idéal.

Des premiers pas d'explorateurs

En 1986, Jean-Louis Étienne établit un exploit mondial. Le médecin est le premier homme à atteindre le pôle nord en solitaire, à la force tirant un traineau chargé de vivres durant 63 jours. Un exploit inspiré par l'une de ses idoles du Grand Nord, Fridtjof Nansen, le premier homme à accomplir la dérive transpolaire en 1898, à bord du Fram, un navire spécialement conçu pour résister aux glaces.

Cette première réussite lui inspire d'autres défis. Notamment la dérive transpolaire. D'autant qu'il a maintenant la notoriété pour ce projet. Il élabore un programme avec l'ingénieur Michel Franco : construire un bateau et se lancer sur les traces de Nansen pour son centenaire.

Jean-Louis Etienne

Construire une réplique du Fram

C'est son acolyte — Olivier Petit, devenu architecte naval — qui est chargé de construire ce Fram du 20e siècle, en collaboration avec Luc Bouvet. Le modèle de ce bateau à inventer est bien évidemment celui de l'explorateur polaire du 19e siècle.

Le cahier des charges est assez similaire : accueillir confortablement 14 personnes pour vivre en autonomie sur la glace pendant trois ans. L'équipe se réfère aux écrits de Nansen, aux plans de l'architecte du Fram, Colin Archer, avec cette même idée : le navire doit glisser sur la glace lorsqu'il sera assailli par la banquise.

En un siècle, les matériaux ont évolué et l'objectif est de construire un bateau de la même taille, mais "pour l'équivalent du poids de charbon embarqué par Nansen" explique Olivier Petit.

Le bateau sera construit en aluminium, matériau dont la résistance augmente avec le froid. Au lieu des 800 tonnes du Fram, ce nouveau navire n'en pèse de 130 à vide. Si le deux tiers du projet sont financés par la compagnie d'assurance UAP, Jean-Louis Étienne est obligé de s'endetter à titre personnel pour boucler son budget.

Le chantier est confié à la Société Française de Construction Navale (SFCN) à Villeneuve-la-Garenne. La coque est construite à l'envers. Le bateau est baptisé Antarctica en référence à sa première expédition qui aura lieu dans le pôle sud. Il est surnommé la "grosse baleine" en raison de son grand ventre. Ses dimensions sont les mêmes que le Fram : 36 m de long et 10 m de large. Une attention particulière est portée à l'isolation pour que le bateau puisse naviguer dans les régions polaires. Ainsi, l'Antarctica reçoit une deuxième peau intérieure faite de mousse pressée entre deux feuilles de contreplaqué. Six grands hublots amèneront de la lumière à l'intérieur et sa surface habitable de 170 m2 peut accueillir confortablement jusqu'à 24 personnes.

Le navire est mis à l'eau le 10 mai 1989 et son look dénote. Sa forme est large, sa coque est en aluminium et il n'est même pas peint. Pour le tester, une première navigation s'organise en direction de New York, puis le Chili et ensuite l'Antarctique. L'Antarctica navigue ensuite dans le grand sud : Mer de Ross, îles subantarctiques, Australie, Patagonie… Mais Jean-Louis Étienne n'a pas oublié son intention première : l'Arctique.

En 1995, il décide un hivernage au Spitzberg pour tester la résistance de son bateau. Suivra la dérive transpolaire. Mais son sponsor se désengage et le médecin devenu explorateur est obligé de s'arrêter, endetté jusqu'au cou. L'Antarctica doit être vendu, mais ce n'est pas une mince affaire. Finalement, après un an et demi, le navire est vendu au Néozélandais Peter Blake.

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