Quelles précautions pour naviguer à la voile par gros temps ?

© Nicolas Jutzi

Naviguer sur un voilier par gros temps se prépare et n'est pas à la portée de tous. En effet, il y a ceux qui naviguent volontairement lorsque le vent est fort et d'autres qui se retrouvent pris dans une brusque poussée de vent. Mais dans tous les cas, des précautions sont à prendre.

Moutons sur la mer, vagues importantes, vent fort… À partir de quand peut-on dire que le vent est trop fort pour naviguer ? Selon l'échelle de Beaufort, les marins ont coutume de dire qu'à partir de force 6 — Vent frais — il s'agit d'un "gros temps". Cela correspond à un vent de 22 à 27 nœuds, même si ces conditions s'avèrent particulièrement fun pour les navigateurs expérimentés.

Si ce n'est pas votre cas — et que vous vous retrouvez brusquement pris dans de fortes rafales — voici comment se préparer. Ces conseils seront à adapter à votre bateau et votre type de navigation et sont aussi valables au port si vous vous apprêtez à prendre la mer.

Réduire la voilure

Lorsque le vent forcit, la base consiste à réduire la voilure. Soit en prenant un ou plusieurs ris, soit en changeant directement les voiles pour des voiles de gros temps. La réussite est l'anticipation. Il vous sera plus facile d'opérer ses changements avant le coup de vent, qui pourra rendre le bateau instable et votre déplacement difficile, voire dangereux.

L'anticipation restant le maître mot, préparer toujours les manœuvres et l'équipement nécessaire pour ariser les voiles.

© Loris von Siebenthal

Assurer le matériel

En cas de gros temps, votre bateau va davantage gîter, être secoué. Rangez tout ce qui peut bouger à bord, dans la cabine et à l'extérieur dans des rangements sécurisés (fermés). Sinon, attachez votre matériel pour éviter que leur chute provoque des dégâts.

Vérifiez l'état du gréement — si vous n'êtes pas encore parti — et remplacez ce qui ne tiendrait pas le choc avant de prendre la mer. Vérifiez les voiles également.

Maintenir le bateau au sec

Vérifiez que tous les hublots et panneaux de pont sont bien fermés pour éviter que votre bateau ne prenne l'eau. Pensez à fermer la descente pour bien garder le carré au sec. Relevez la capote de rouf si vous en avez une.

Adapter sa tenue

Par gros temps, l'air va devenir plus froid, mais aussi plus humide. Il faut donc prévoir une tenue bien chaude, mais aussi déperlante pour ne pas prendre l'humidité. Encore une fois, la clé de la réussite est l'anticipation. Ce n'est pas une fois occupé à gérer le bateau que vous pourrez vous changer.

N'oubliez pas de vous équiper — et votre équipage — d'un gilet de sauvetage et de harnais de sécurité. Se maintenir sur le pont peut-être difficile alors faites rentrer au chaud et au sec les moins aguerris, notamment les enfants.

Se nourrir

Si vous devez naviguer par mauvais temps et que celui forcit, vous serez bien heureux d'avoir le ventre plein. Alors, mangez tant que vous le pouvez et invitez votre équipage à en faire de même avant le passage du coup de vent.

Préparer ses équipiers à un éventuel accident

On n'est jamais trop prudent, mais en mer mieux vaut anticiper, surtout lorsqu'on navigue avec des non-aguerris. Même les plus marins d'entre nous peuvent perdre leurs moyens sous le coup de la panique. Alors, prévoyez un plan d'action en cas de besoin, révisez les techniques de l'homme à la mer ou de chavirage — si vous êtes en dériveur.

Vérifiez l'emplacement des équipements de sécurité, d'un couteau, du radeau de survie, de l'ancre, de la pompe ou encore des garcettes de ris… tout ce qui vous permettra d'agir si vous en avez besoin.

© Loris von Siebenthal
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Jean-Bertrand Mothes-Massé - 1 mois
Je ne peux que conseiller à tous les plaisanciers qui font de la haute mer de suivre un stage d'entrainement à la survie, pendant lesquels on traite de tous les éléments de sécurité à prendre en compte, et surtout se familiariser avec ces éléments. Anticiper, comme il est très bien dit dans cet article. Et un coup de vent deviendra un plaisir. Ces stages sont organisés sous l'égide de la Fédération Française de Voile auprès de Centres Spécialisés Habilités. A noter que le niveau de ces stages est celui qui est obligatoire pour les coureurs au large. Stage dits "World Sailing", renseignements jb.mothesmasse@ffvoile.fr
Erica Humbert-Droz - 1 mois
Un souvenir! Vous avez dit « tempête » ? Au large de Bastia Je n'oublierai jamais ma première, j'espère la dernière tempête, vécue au large de Bastia. C'était il y a 10 ans, en septembre 2001, avec une équipe « d'avaleurs de Milles », candidats au permis mer. Partant du mouillage de Tamarone près du Cap Corse, nous faisons route au sud, par la côte Est. La météo annonce un vent d'Est dominant force 3, pas de BMS en cours. Tout à coup, à 2-3 milles devant nous, une barre blanche! Le vent d'Ouest - venant de la montagne - se lève. Nous prenons 3 ris, la voile d'artimon est affalée. L'anémomètre monte en quelques minutes de 10 à 30 nœuds. La barre blanche se rapproche avec un bruit de grondement infernal. La mer se creuse, des vagues de 2-3 mètres très courtes - nous sommes près de la côte, à environ 2 milles au large de Bastia. Le vent forcit encore. Le moteur mis, je demande à Bernard, le second, de mettre en place le tourmentin, ce qu'il fait en quelques minutes en excellent équipier et navigateur! L'anémomètre en bout de course! A présent, le vent est établi à 50, puis 65 nœuds. Sous les rafales, l'aiguille de l'anémomètre est bloquée tout en bas du cadran – elle ne peut aller plus loin, soit environ 80 nœuds ! Vent de travers, nous avons de la peine à tenir notre cap. Que faire? Il faut prendre une décision. Se mettre en fuite et arriver sur Elbe qui se trouve à 35 milles, de nuit, avec une mer forte au large? Ou, "tirer des bords" sur 2 milles pour se mettre à l'abri à Bastia ? Je décide de mettre le cap sur Bastia. Au tourmentin seul et, afin de pouvoir passer à travers les plus grosses rafales et vagues, le moteur est poussée à 3000 tours. Le bateau est stabilisé, nous arrivons à faire route en "tirant des bords". Je suis à la barre, Bernard aux écoutes du tourmentin. Devant nous, la mer est blanche. Nous surveillons les vagues et embruns qui nous arrivent dessus avec une force terrible. Les lames blanches déferlent et passent en nous fouettant méchamment. Des bottes plus qu'utiles! Le restant de l'équipage est enfermé dans le carré. De temps en temps, l'un d'eux ouvre le roof, panneau de la descente: "Vous devriez entendre les bruits, grincements et craquements, est-ce que… ça tiendra le coup?" Je parle au bateau: "Allez, tiens bon! " Je prie "LE Dieu » de service… Aller au WC ? Exclu! Il ne faut pas y penser. Donc, il y a les bottes! Chaque virement de bord est calculé et demande une grande concentration pour passer entre deux déferlantes, suivi d'un "ouf" de soulagement et satisfaction complice avec mon second. On avance lentement, mais on avance! Deux milles et deux heures plus tard… nous arrivons à l'entrée du port. Il s’agit maintenant d’effectuer des manœuvres d'amarrage avec plus de 40 nœuds de vent à l'intérieur du port, et - pourvu qu'il y ait une place, si possible face au vent…! Merci, la Capitainerie! Non pas sans peine, nous tournons en rond dans le petit avant-port et préparons amarres et pare battages. Puis, surprise: pas une, mais deux annexes viennent à notre rencontre! C'est la capitainerie qui (me dira-t-elle plus tard), nous a aperçus déjà lorsque nous étions au large et qui vient nous proposer leur aide. Plus tard, toute l'équipe est assise autour d'un "Casa" au bistrot du port. On raconte, les images défilent dans notre esprit… on exprime ce qu'on a ressenti. Des gens qui nous ont suivis depuis la jetée près du phare, posent des questions, nous dévisagent…Nous sourions – même moi, malgré mon visage écarlate et enflé par les embruns!! 2010, soit 10 ans après. J’ai parcouru des milliers de Milles entre l’Italie, la Turquie, la Tunisie, la Croatie, la Grèce, en Sardaigne - et en Corse. J’ai navigué en moyenne six mois par an, les hivers passés soit en Corse, soit en Turquie. Eh oui, la Méditerranée! Aujourd’hui, lorsqu’un candidat au permis mer me dit : « J’ai fait une croisière en Manche ; il y avait 50 nœuds de vent - et des creux de 10 m ! Je viens pour faire des Milles dans une mer calme, « pour touristes ! Le vent se lève, 20, 30 nœuds ; la mer se forme, 2-3 mètres de creux. Et, qui vois-je,? Ceux m’annonçant avec un visage vert : Ah non, j'abandonne ! Je veux débarquer. Ce n’est pas pour moi ! Ou d’autres encore : « Que j’aimerais donc avoir une tempête – juste pour voir ! » Je ne réponds plus. Car, il n’y a pas vraiment des mots pour décrire et transmettre ce qu’on a vécu ! Erica Humbert-Droz
Erica Humbert-Droz - 1 mois
NB: Nous sommes en 2019, donc il y a 18 ans!
serge MARTINEZ - 1 mois
Embouchure de la Gironde 3 mai 2017, lors de notre tour de France Par canaux et mer, Avec mon équipière nous rallions Royan -La Cotinière D'Oléron . A bord d'un dériveur intégral de 6 m départ 3h00 du matin pour profiter de la marée. 1 jour avant un sacré coup de vent qui avait mis à mal des régatiers de Verdon sur Mer. la Météo prévoyait un temps maniable pour Rejoindre Olèron avec un vent 15 nd de NE super! Mais nous avons omis le résiduel du coup de vent qui levait des brisants de 2.50, vers 5h30 , renverse, à la pointe du banc de la Mauvaise. C'est avec GV , génois et moteur 6cv à fond que nous sortons du piège. Mon équipière tétanisée sur la barre, et moi à fond sur le contrôle du bateau vers 6h30 nous nous retrouvions en eaux plus calmes au milieux des chalutiers. les Oléronais nous ont accueilli avec largesse et respect. Nous venions de changer de monde et remplacé l,eau douce par l'eau salée. Maintenant, nous faisons attention au résiduel de coup de vent!!!
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