Interview / Que vit Charles-Louis Mourruau en course ? Sensations et peur...

Il grandit entre Paris, où il est né, et Dakar au Sénégal. A 15 ans, il commence à naviguer sur des voiliers classiques. Aujourd'hui, la trentaine passée, il est skipper en class 40, et soutient avec son bateau l'association Entraide Marine-Adosm, qui aide les familles de marins ou anciens marins en difficulté. En 2019, il est arrivé 5e à la Rolex Fasnet Race, a démâté lors de la Transat Jacques Vabre, et a obtenu la troisième place du Championnat mondial de Class 40. Souvenirs sensoriels…

La vue

Si je me sens si bien au large, au-delà même d'une course, c'est en partie grâce aux nuits étoilées que l'on peut y vivre. Imaginez… Un noir profond. Aucune lumière humaine ou presque. Juste les points rouge et vert de signalisation du mât, le faisceau de la lampe frontale, le halo de l'écran d'ordinateur… Rien de plus. Tout le reste n'est que naturel. Et quel reste ! Le ciel immense, partout crevé par une multitude d'étoiles si lumineuses. Toute la Voie lactée devant les yeux. Et des étoiles filantes qui traversent ce paysage céleste, si nombreuses aussi, une par minute ! Incroyable. Et ce ciel qui semble ne s'arrêter jamais, plonge dans une mer tout autant profonde. Elle aussi éclairée, par des sortes de torpilles lumineuses… Ce sont les dauphins que l'on ne voit pas dans la nuit, mais dont on devine les jeux, sauts et ondulations, grâce aux algues phosphorescentes qu'ils déplacent. Elles sont d'un bleu verdâtre qui salue aussi, à l'étrave, l'avancée du bateau. Magique, magnifique.

Le toucher

Le Tour des îles britanniques est une course réputée très dure en termes de conditions de navigation. Son départ est donné à l'Ile de Wight. Elle emmène les concurrents autour de l'Irlande, puis jusqu'aux très septentrionales Iles Shetland. Là, on se trouve plus près du pôle Nord que, lorsque l'on est au Cap Horn dans l'hémisphère Sud, du pôle sud ! Et même si elle a lieu en août, on a très froid. La température de l'air, mais aussi l'eau… Alors, après une semaine de course, et des mains déjà très meurtries, gercées, attaquées, presque à vif, chaque mouvement n'était que douleur. J'ai dû aller changer une voile d'avant. Mais avec ces mains si endolories et gonflées, j'ai mis dix minutes pour seulement remettre un mousqueton d'amure de trinquette ! Dix minutes pendant lesquelles l'eau gelée continuait de me raidir les doigts… Quand je suis revenu dans le cockpit, j'avais une sensation bizarre : une sorte de chaleur créée par des picotements dus à l'extrême froid. Mes mains étaient bleues, comme figées… Il me semblait que je ne pouvais plus les contrôler, que ça n'était plus les miennes ! J'ai fait chauffer de l'eau, et je les ai plongées dedans… La première sensation n'a pas été si agréable : comme des aiguilles plantées dans les muscles. Bien sûr, ensuite c'est passé et j'ai pu me les réchauffer vraiment. Ça fait des souvenirs, et puis on dit que si ça ne fait pas mal, c'est que l'on n'a pas passé assez d'heures au large… alors… !

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