Interview / Yvan Bourgnon "C'est extrême, c'est l'apothéose, le défi le plus relevé que je fais !"

Yvan Bourgnon © Denis Tisserand

Yvan Bourgnon, qui partira ce mercredi 12 juillet 2017 à 20 h 30 (heure française) depuis Nome, en Alaska, nous a confié son état d'esprit, à la veille de son départ. Au téléphone, il nous explique ses peurs et ses envies sur ce nouveau Défi du passage du Nord-Ouest, entre l'Alaska et le Groenland, sur un catamaran de sport non habitable.

Qu'est-ce qui vous fait le plus peur dans ce voyage ?

Le froid et le chavirage sont mes plus grosses craintes. Il n'y a que les gens qui font du catamaran de sport qui peuvent se rendre compte à quel point ça chavire ! Comme un Hobie Cat sauf que je navigue à 15 nœuds. Dans l'eau à 27° ça peut être agréable, mais dans le Grand Nord, l'eau est à zéro degré. C'est impossible !

Je n'ai pas le droit à l'erreur. J'ai chaviré deux fois sur le tour du monde et j'ai appris beaucoup. Mais ici, si je tombe à l'eau, c'est dangereux, je peux mourir !

Qu'est-ce qui vous ravit le plus ?

Être dans un environnement inconnu et presque inexploré par l'homme. J'aurai adoré vivre au 15/16ème siècle et explorer le monde, découvrir la côte, de nouvelles terres. C'est d'ailleurs ce qui m'a plu sur mon tour du monde en naviguant au sextant.

La faune doit être exceptionnelle et les décors surréalistes. Plus j'écoute les récits des gens qui y ont été, plus je me dis que c'est dingue. Ils ont envie d'y retourner !

À la veille du départ, comment vous sentez-vous ?

Je n'ai jamais été aussi prêt pour un évènement dans ma vie. Même dans la course au large. J'ai toujours eu des petits budgets ou de dernières minutes. C'est la première fois, où les derniers jours, je n'ai rien à faire. Niveau sérénité, je suis très bien, j'ai une confiance totale. C'était nécessaire pour affronter ce défi. Je ne peux pas prendre le moindre risque dans ma préparation. Le timing est le bon, les choix techniques le sont aussi, mon équipe est formidable.

Mes préparateurs savent que je me mets en danger sur le bateau et ils se sont vraiment responsabilisés.

Ce n'est pas quelque chose auquel on s'expose tout le temps, mais c'est à faire une fois ! C'est extrême, c'est l'apothéose, le défi le plus relevé que je fais. Je suis bien conscient que c'est important. Les gens pensent que je me fais du mal, mais je vais dévorer, profiter de la glisse. Je suis heureux, et c'est important pour aller dans l'extrême, sinon ce n'est pas la peine. Ce défi, c'est une progression logique. Depuis 25 ans, je progresse et j'apprends au cours de mes navigations. J'ai mis de nombreux détails dans cette expédition qui sont venus de l'expérience.

Qu'avez-vous prévu pour votre dernière soirée ?

Honnêtement, je ne sais pas ! Je vis chez l'habitant et ce sont des gens charmants. Je n'attends pas un évènement particulier. Je pense qu'on va passer la soirée ensemble à manger et parler. Je ne veux pas d'un évènement médiatique. Il n'y aura que trois personnes sur le quai pour me dire au revoir. Ici, je ne connais personne.

Et la prochaine étape, c'est quoi ?

En termes de risque ce sera le sommet. Je me conforte dans l'aventure et je trouve ça épanouissant. Je ne renonce pas à la compétition, mais l'aventure c'est autre chose ! Dans la compétition, tu es obligé d'attendre ton tour, même si tu es dans l'excellence de ton sport. Dans l'aventure, ce n'est pas comme ça. Tu trouves des solutions à tes problèmes qui ne sont pas dans les modes d'emploi. L'aventure à la voile s'est perdue depuis 20 ans, je le regrette. Tu vis pleinement, sans aucune frustration, et tu apprends énormément. Dans la compétition, tu ne te challenges pas, tu appliques ce que tu sais faire. Dans ce genre de défi, tu progresses, tu t'accomplis.

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