Tabarly a dit... sélection des plus belles citations


Un silence, partager l'émotion, les prises de paroles d'Éric Tabarly ont laissé des phrases devenues cultes et tellement modernes. Nous en avons sélectionné une vingtaine, mais nous comptons sur vous pour nous faire part des moments marquants, de celles qui vous ont inspirées.

Être Marin

Naviguer est une activité qui ne convient pas aux imposteurs. Dans bien des professions, on peut faire illusion et bluffer en toute impunité. En bateau, on sait ou on ne sait pas. Malheur aux tricheurs. L'océan est sans pitié.

 

Naviguer : c'est accepter les contraintes que l'on a choisies. C'est un privilège. La plupart des humains subissent les obligations que la vie leur a imposées.

 

Le marin éjecté est un marin qui a manqué de concentration. Un vieux dicton dit : « Une main pour l'homme, une main pour le bateau. » Il dit juste. Au cours d'une manœuvre ou d'un déplacement sur le pont, on doit toujours veiller à avoir une prise à sa portée, parce qu'il est presque impossible qu'un paquet de mer puisse la faire lâcher.

 

Les harnais de sécurité ne m'inspirent guère confiance. Lorsque l'on doit manœuvrer, surtout en solitaire, ils sont gênants. On doit aller de l'avant à l'arrière et dans ce cas, le filin de sécurité qui glisse dans la filière, cela crée d'innombrables occasions de s'emmêler les pieds et de trébucher.

... mais...

Quand on est à la baille dans l'Atlantique Nord, on n'a même pas le temps de réciter une prière : on meurt de froid presque instantanément. J'aime bien la vie et je n'ai aucune envie de périr bêtement. C'est pourquoi le cordage que j'ai capelé autour de ma taille est solide.

 

Le métier de marin est un métier d'humilité, qui exige un long apprentissage. La mer punit les bravaches.

 

Depuis l'Antiquité, une poignée d'hommes a toujours été attirée par la ligne inaccessible de l’horizon.

 

 

La parole

 

On sourit sans rien dire. Dans ces moments de bonheur, les mots risquent de sonner faux ou d'être d'une banalité navrante. Le bonheur se savoure en silence.

 

Pour en terminer avec mes « silences », j'avoue qu'il m'est difficile de répondre à des questions banales sinon idiotes. L'exemple typique est quand, au retour d'une course, on me demande : « Alors, content d'être premier ? » Que dire d'autre que : « Oui » ? Je ne connais pas de vainqueur que la victoire ait mis d'humeur chagrine.

 

Ce caractère peu loquace, je le tiens de ma mère, une femme volontaire et discrète, qui détestait parler pour ne rien dire.

 

Cela surprendra sans doute ceux qui m'ont affublé de la réputation inexacte d'ours, de taciturne, de catastrophe médiatique. C'est mal me connaître. Sans être un bavard, je ne suis pas un silencieux. Au contraire, j'aime bien parler et lorsque le sujet m'intéresse il m'arrive d'être intarissable. Mais si la conversation s'enlise dans des sujets qui m'indiffèrent, alors je m'absente mentalement, je me tais, et parfois même je m'endors.

 

 

L'histoire d'amour

 

Lorsqu'on me demande, aussi, à propos de Pen Duick, si je suis heureux qu'il navigue toujours à son âge, je suis incapable de faire l'effort de répondre. Il est évident que sentir ce pont en bois sous mes pieds me rend heureux et que d'écouter ses bruits familiers, sa manière à lui de me parler, me procure du plaisir. Sinon, depuis près de quarante ans, me serais-je endetté et aurais-je tiré le diable par la queue pour que Pen Duick glisse encore sur la mer ? Je n'ai rien oublié de ce que nous avons vécu ensemble.

 

Il est là, superbe, sous son gréement aurique, humant le vent, évaluant la force de la mer, frissonnant dans l'attente de la première risée : objet d'art, précieux, exigeant, sensuel, vif, capricieux, tel est Pen Duick, mon bateau.

 

Quitte à décevoir les âmes tendres, mon attachement à cette coque noire n'est pas lié au fait qu'elle appartint à mon père. Croire que je me suis entiché de ce voilier, endetté pour lui, tourmenté pour le sauver par amour filial serait faux. J'ai sauvé Pen Duick qui pourrissait dans une vasière parce que j'ai toujours été sensible à sa beauté. Le temps ne lui a rien ôté de sa noblesse.

 

Quand je le regarde, avec son habit noir et son plastron de voiles, il évoque pour moi un vieux et digne gentleman. Entre lui, dont la silhouette désuète fête ses 100 ans, et moi, le retraité de la Marine, s'est nouée une affection qui a marqué nos existences. Sans moi, il ne serait plus qu'une épave. Sans lui, ma vie eût été sans doute différente. Il s'appelle Pen Duick – « mésange à tête noire » en breton. Il ne porte pas de numéro comme ses successeurs. À la rigueur, je pourrais le baptiser « Pen Duick Premier ». Comme on dit « premier amour ». Parce que l'histoire de ce docte centenaire est une histoire sentimentale.

 

Vivre avec passion

 

Baisser les bras dans une compétition sous prétexte qu'on ne peut terminer premier est incompatible avec l'esprit du sport.

 

L'Homme a besoin de passion pour exister, certains se battent pour maintenir Venise à flot, d'autres passent leur vie à restaurer un vieux château en ruines. Pen Duick est un chef-d'oeuvre de l'architecture navale de jadis. Il ne fallait pas qu'il meure. De tout temps, j'ai voulu qu'il survive et qu'il navigue.

 

La confiance est un élément majeur : sans elle, aucun projet n'aboutit.

 

C'est pataud, un homme, quand il est ému, il ne sait pas exprimer ses sentiments, par pudeur virile.

 

Le temps se rétrécit ou semble s'accélérer à mesure qu'approche la date du but à atteindre.

 

Presque toute mon existence s'est déroulée sur la mer. Je ne me sens pas encore capable de regarder les autres partir, et moi, de rester sur le quai.

 

Élevé dans la religion catholique, pendant longtemps j'ai été pratiquant. Puis, un jour, je me suis demandé pourquoi ce Dieu d'Amour permettait autant de saloperies et de misère sur notre terre. La réponse, peut-être, me la fournira-t-il dans l'au-delà. En attendant – sans hâte – une explication, quand je suis en difficulté, je ne l'appelle jamais à mon secours en priant « Mon Dieu, faites quelque chose… S'il m'a mis dans le pétrin, alors pourquoi viendrait-il me repêcher ensuite ?

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Pen Duick, la fiche technique

Longueur de coque15.10
Largeur2.93 m
Tirant d'eau2.20 m
Catégorie CEA
Déplacement lège11 000 kg
Surface de voilure au près160 m2
Voir la fiche technique complète du Pen Duick