Coupe de l'America - La monotypie permet-elle vraiment de réduire les coûts ?

© ACEA / PHOTO GILLES MARTIN-RAGET

Les monotypes imposés sur la Coupe de l'America le sont-ils vraiment ? Et la réduction de coût avancée par les Américains est-elle valable ? La réponse de Christian Karcher.

Mais ces AC48' sont-ils vraiment des monotypes ?

Non, car la forme des appendices reste ouverte.

La nouvelle jauge impose la forme des coques, la position des daggerfoils, des safrans et de l'aile, ainsi que la forme de l'aile. La géométrie étant figée, ce sont des monotypes à 90 %. La seule latitude de recherche est sur la forme des appendices. Plus l'espace de recherche est limité, plus les avancées tangibles coutent cher à trouver.

Le Defender ayant pu cibler ses recherches en ce sens 6 mois avant de l'imposer aux Challengers, c'est une monotype drôlement bancale. Le Deed Of Gift, imposant de tout construire dans le pays d'origine, chaque équipe va devoir faire un moule. Drôle de monotype vraiment.

Le "cost-cutting" imposé par les Américains est-il réel ?

Oui, mais seulement pour eux.

Directement finaliste, le Defender n'a jamais prévu de se rendre à Auckland. Leurs premiers arguments en faveur du "cost-cutting" étaient : moins de designers, plus petite taille de bateau et pas de déménagement. Cela ne devrait pas fonctionner pour trois raisons  :

  • Le Defender a économisé 6 mois d'études en démarrant plus tôt sur les AC48'. Les Challengers vont devoir cravacher en heures sup' pour le rattraper;
  • Ce que les Challengers vont économiser en Design team sur les AC62' devra être investi en recherche pointue sur les appendices s'ils veulent vraiment être compétitifs;
  • L'économie d'un déménagement Auckland-Bermudes va être engloutie dans minimum cinq mois supplémentaires, aux Bermudes. Logements, nourriture et déplacements sont 4 à 5 fois plus élevés aux Bermudes qu'à Auckland. Même avec des "petits" AC48', une équipe compétitive c'est au moins 100 personnes.

Alors pourquoi le Defender a-t-il imposé ce changement ?

Pour avoir un contrôle total de l'épreuve à moindre coût. Dans l'ordre :

  • Éliminer les concurrents expérimentés, donc dangereux. Pour les Italiens c'est fait, pour les Néozeds c'est en cours.
  • Empêcher les concurrents non expérimentés de développer un design team efficace qui accoucherait d'un bateau trop rapide en face de lui. Par exemple en leur vendant, au propre comme au figuré, des monotypes AC48'.
  • Contrôler les Design teams des équipes qui ne peuvent pas se payer un AC48'.
  • Mettre une personne de confiance à la tête de toute nouvelle équipe qui s'inscrirait avant le 1er mai.

Le dernier argument avancé par Oracle pour son "cost-cutting" était la possibilité à deux nouvelles équipes, si les coûts baissent, de s'inscrire avant le 1er mai. L'une des deux est une équipe japonaise, à la tête de laquelle l'ancien manager général d'Oracle serait fortement pressenti.

L'objectif d'un Defender n'a jamais été d'organiser une régate équitable, mais de conserver La Coupe. C'est exactement pour cela qu'elle est si difficile à gagner.

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